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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


mercredi 12 décembre 2012

Lunéville, nuit de Noël




 Véronica Liari, auteur de "Saint-Léopold ou l'éternité pour Jeanne" nous fait découvrir la cité cavalière autrement.

Mia remonta la rue Carnot et s'avança sur la place Léopold. En ce soir de réveillon, le ciel était dégagé, sans un nuage. La nuit était par conséquent magnifique et limpide, mais glaciale. Gelée jusqu'aux os et transie de froid malgré son épais manteau, elle grelottait et chercha un abri dans une encoignure de porte cochère, au pied du Salon des Halles. Elle se laissa tomber et se blottit dans le coin, tout contre le bois épais de l'énorme porte. Elle était épuisée par sa longue errance et la température glaciale rendait chacune de ses respirations, douloureuse. Elle poussa un soupir déchirant de désespoir et de chagrin. Comment avait-elle pu en arriver là ? Sa vie était, il y a peu, si heureuse et confortable ! Elle ne manquait de rien et habitait une superbe maison où elle coulait une existence douillette avec sa petite famille. Jusqu'à ce jour horrible qui avait marqué le début de son cauchemar et la fin de son bonheur… On l'avait d'abord séparée de ses enfants puis expulsée de son domicile, ce qui l'avait obligée depuis à vivre dans la rue et à se nourrir comme elle le pouvait, autant dire peu et mal. Comment était-ce encore possible de nos jours ?
Mia avait fini par s'endormir malgré la morsure du froid qui aurait pu la tuer, si les cloches sonnant la fin de la messe de Minuit ne l'avaient réveillée. Elle s'obligea à bouger et parvint, aux prix d'un énorme effort, à se redresser. Elle attendit un peu car certaines, parmi les premières personnes ayant quitté l'église Saint-Jacques, traversaient déjà la place. Elles se hâtaient frileusement vers la chaleur de leur foyer et du repas des fêtes qui les y attendaient. Saisissant le moment propice, Mia se décida enfin et progressa péniblement vers la rue du Général Leclerc qu'elle traversa. Mais elle dut presser le pas, ce qui lui coûta beaucoup, car les derniers à sortir de la messe arrivaient dans sa direction. Elle se faufila furtivement vers le premier recoin qu'elle trouva dans la rue Banaudon.
Ses précautions étaient inutiles car elle était observée à son insu. Quelqu'un l'avait aperçue et suivait depuis peu chacun de ses gestes : Victor, sept ans, était chez lui à la fenêtre du salon, le nez collé à la vitre. Sa mère ne serait pas contente des traces qu'il y laisserait mais ça lui était égal. Il s'ennuyait ferme, pendant que les adultes fêtaient Noël autour d'un bon repas, car seuls les paquets qu'il trouverait au pied du sapin le lendemain l'intéressaient…
L'appartement occupait le second étage à l'angle de la place, constituant un poste d'observation idéal. En effet, à quelques minutes de minuit, il avait peut-être une chance d'apercevoir le Père Noël… toutefois, depuis un petit moment, il avait oublié sa première cible et se concentrait sur le manège de Mia. Il était malheureux pour elle car il savait combien il faisait froid et avait parfaitement, du haut de ses sept ans, conscience qu'elle ne passerait pas la nuit s'il ne faisait rien… Sa décision fut vite prise. Il sortit silencieusement, descendit en vitesse et ouvrit le porte d'entrée. Au bruit du verrou, Mia avait relevé la tête et leurs regards se croisèrent. Victor fit un signe de la main et elle n'hésita qu'un instant, il semblait faire si clair et si chaud près de l'enfant. Et puis, que risquait-elle avec un petit garçon ?
Il referma aussitôt derrière elle et un bien-être immense l'envahit. Quel réconfort ! Quel bonheur ! Victor la précéda dans les escaliers qu'ils montèrent en courant, déjà amis et complices. En arrivant en haut, elle se frotta aussi fort qu'elle le put contre les jambes du garçonnet : la chatte Mia avait retrouvé un foyer, en cette nuit de la Nativité…


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