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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


jeudi 1 mars 2012

L'envie de voyager

Il était une fois une pauvre femme dont le fils n’avait qu’une idée en tête : voyager.
- Mais comment le pourrais-tu ? disait sa mère. Il te faudrait avoir de l’argent et tu sais bien que nous n’en avons pas !
- Je vais me débrouiller, pensa le fils, je serai honnête et partout je dirai : pas beaucoup, pas beaucoup, pas beaucoup.
Et pendant un certain temps, il se promenait en répétant sans arrêt :
- Pas beaucoup, pas beaucoup, pas beaucoup.
Il arriva ainsi vers un groupe de pêcheurs et les salua :
- Que Dieu vous garde ! Pas beaucoup, pas beaucoup, pas beaucoup.
- Qu’est-ce que tu racontes, chenapan, pourquoi pas beaucoup ? se fâchèrent les pêcheurs.
Et quand ils sortirent les filets, quelques poissons seulement y frétillaient, vraiment pas beaucoup. Ils chassèrent le jeune homme avec leurs bâtons.
- Tiens ! Et tiens ! Tu l’as bien mérité ! crièrent-ils. “
- Que dois-je dire alors ? demanda le jeune homme.
- Bonne pêche, tu devais dire, attrapez-en le plus possible !
Et le jeune homme continua son voyage en répétant sans arrêt : "Bonne pêche, attrapez-en le plus possible", jusqu’à ce qu’il arrive à une potence.
On était juste en train de pendre un malheureux pêcheur.
- Bonjour, commença le jeune homme, bonne pêche, attrapez-en le plus possible.
- Comment ? Quel goujat ! Que veux-tu dire par ton :"attrapez-en le plus possible" ? Tu ne crois pas qu’il y en a assez comme ça ? Selon toi il devrait y en avoir encore plus peut-être ?
Et il se fit rosser à nouveau.
- Comment devrais-je dire alors ? demanda le jeune homme. 
- Tu dois dire : Que Dieu soit miséricordieux avec cette pauvre âme .
Le jeune homme se remit à marcher et répéta partout où il allait : "Que Dieu soit miséricordieux avec cette pauvre âme." Il arriva au bord d’un fossé où il vit un équarrisseur qui s’apprêtait à supprimer un cheval. “
- Bonne journée, dit le garçon en se précipitant vers lui, que Dieu soit miséricordieux avec cette pauvre âme !
- Qu’est-ce qui te prend, chenapan ! s’écria l’homme.
Et il frappa le garçon sur la tête avec ses outils si fort que ce dernier n’entendait plus et ne voyait plus. - Qu’aurais-je dû vous dire alors ?
- Dans le fossé, charogne; dans le fossé, charogne!
Juste à cet instant un coche plein de monde arrivait par la route et le jeune homme cria : “
- À la vôtre ! Dans le fossé, charogne !
 Et le coche quitta la route et se renversa dans le fossé. Le cocher leva son fouet et frappa le jeune homme si fort que ce dernier put à peine marcher. C’est de bon gré qu’il rentra à la maison, auprès de sa mère, et ne mit plus jamais les pieds hors de chez lui.
Il avait abandonné pour toujours l’idée de voyager.

***
Conte des Frères Grimm

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