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mercredi 8 février 2012

L'oiseau-tonnerre


Ceci se passait au temps où l'oiseau-tonnerre vivait seul dans le ciel.
Lorsque, par temps orageux, il s'aventurait au-dessus des grands lacs ou des régions habitées, les hommes savaient que les pires catastrophes étaient possibles : la venue de l'oiseau-tonnerre annonçait souvent le malheur. On devinait son approche au bruit que faisait le battement de ses ailes et qui ressemblait à un grondement plus ou moins bruyant ou sourd.
Lorsqu'il planait haut, très haut dans le ciel, ses larges ailes déployées cachaient les rayons du soleil et la lumière du jour s'obscurcissait. Ses yeux, qui s'ouvraient et se fermaient sans cesse, lançaient de fulgurants éclairs, capables d'aveugler les hommes et d’incendier les forêts.
Parfois, il perçait les nuages, se lançait comme une flèche sur les eaux qu'il touchait de son aile et les eaux, qui étaient calmes, devenaient soudain tumultueuses ; de grandes vagues s'élevaient alors et le bruit qu'elles faisaient s'entendait dans le lointain.
Dès qu'il arrivait, les Indiens se retiraient sous la tente ou sous les abris. Nul n'essayait d'atteindre le monstre, qu'on croyait invulnérable. On savait en outre que, s'il se mettait en colère, il lâcherait ses œufs qui tomberaient, détruisant les wigwams, tuant les habitants et allant jusqu'à fendre les rochers les plus résistants.
Parfois aussi, l'oiseau-tonnerre emportait des hommes. Peut-être était-ce pour les donner en pâture à ses petits, trop jeunes pour quitter le nid, aire gigantesque qu'on supposait construite au sommet le plus élevé d'un pic escarpé, dans une région si éloignée que nul n'en était jamais revenu.
Or, en ce temps-là, un chasseur indien, nommé Michebigoutoung, vivait dans le pays du Nord, sur les bords d'un grand lac. C'était un homme sage, réputé pour son courage, pour sa bravoure et aussi pour sa prudence.
On avait prédit qu'il ferait un jour un long voyage, mais satisfait de son sort, il pensait que ce voyage n'aurait lieu que quand le Grand-Esprit en déciderait ainsi et il attendait.
Il revenait un jour de la chasse, chargé d'un castor qu'il portait sur son dos avec son trident, son arc et ses flèches, lorsqu'il fut surpris par la nuit. Cela ne l'inquiétait pas. Il connaissait bien son chemin et la lune brillait de tout son éclat.
Tout à coup, Michebigoutoung vit une grande ombre s’étendre au-dessus de lui. La lune fut soudain voilée par des nuages. Tout devint obscur. Le bruit des ailes de l'oiseau géant se fit entendre et, au même moment, l'Indien se sentit happé, soulevé, et emporté à une vitesse prestigieuse dans la direction de l'Ouest. Il comprit qu'il était la proie de l'oiseau-tonnerre.
Après un long parcours, ils arrivèrent dans une région désertique.
Au sommet d'une colline dénudée se dressait une sorte de roc gigantesque et, tout ne haut de ce roc, dans une large cavité servant de nid, de hideux oiseaux, les petits de l'oiseau-tonnerre, piaillaient, se bousculaient et faisaient un bruit assourdissant.
A tire d'aile le monstre géant volait vers ce nid et, lorsqu'il y fut arrivé, il y lança sa proie.
Le castor, que l'Indien avait toujours attaché sur le dos, atténua un peu la rudesse du choc. Grâce à son trident de pêche, l’homme parvint à se protéger contre la voracité des petits qui l'attaquaient de toutes parts. Les éclairs fulgurants de leurs yeux atteignirent par instrants le smains et le visage de Michebigoutoung et le brûlèrent profondément. Malgré tout, il continua à se défendre. Il tua plusieurs oiseaux, parvint même à prendre la peau de l'un d'eux et à l’enrouler autour de lui, s'en servant comme d'une carapace. Ainsi protégé, il se recommanda au Grand-Esprit et s'élança dans le vide.
Il roula d'abord de roc en roc. Les plumes de la peau qui l'enveloppait s’arrachaient contre le granit avec des étincelles et des jets de flamme. Les ailes heureusement ne furent pas brisées ; aussi put-il s'en servir pour voler et rentrer chez lui, où sa femme et ses enfants en deuil pleuraient sa mort.

L'oiseau-tonnerre reparut plus tard. les Indiens aperçurent souvent des éclairs, en haut du rocher qui se dressait sur la colline de l'Ouest et d'où venait le bruit de sourds grondements : c'étaient les petits, qui se préparaient à suivre l'exemple de leur père.
Comprenant l'horrible danger, les Indiens se groupèrent. Les meilleurs chasseurs n'hésitèrent plus à lancer tous ensemble leurs flèches vers l’ennemi lorsque celui-ci, menaçant, planait au-dessus de leurs villages, et le monstre n'osa plus descendre à portée de ces flèches.
Maintenant, le vieil oiseau et ses fils se cachent derrière les nuages. Nous ne les voyons plus mais, parfois, lorsque le temps est orageux et lourd, leurs grandes ailes obscurcissent encore la lumière du jour ; nous entendons leurs grondements terribles et les éclairs de leurs yeux sillonnent la rue.

***
Hélène Fouré-Selter
Contes et légendes des Indiens Peaux-Rouges
Éditions Nathan

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