BIENVENUE

Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


mardi 17 janvier 2012

Quête de Merlin

Pour la quatrième fois, Merlin quitta la cour du roi Artus pour se rendre dans la forêt de Brocéliande.
Le roi et la reine en furent peinés, car il était pour eux un excellent ami. Et d'autant plus que Merlin leur avait dit qu'il ne reviendrait pas. Était-ce possible, se disaient-ils, en le voyant disparaitre au loin, sur un cheval superbement harnaché.
Ayant retrouvé Viviane, Merlin céda enfin à sa prière et il lui donna les moyens de le faire prisonnier d'amour pour toujours. Mais cela, on l'ignorait, à Carduel et quand trois mois furent écoulés, sans que Merlin parût, Gauvain dit au roi, qui se montrait très triste :
- Sire, je vous jure, par le serment que je fis, pour Noël, que je le chercherai, partout où cela me sera possible, durant un an et un jour.
Et tous les chevaliers l'imitèrent, et partirent en quête de Merlin à la même heure. Ils se séparèrent à une croisée de chemins.
Or, un jour que Gauvain traversait une forêt après avoir longtemps erré sur les terres de Logres et ne savait où se diriger, il croisa une Damoiselle montée sur un beau palefroi noir, harnaché d'une selle d'ivoire aux étriers dorés. Elle-même était richement vêtue. Mais Gauvain, plongé dans une sombre rêverie passa auprès d 'elle sans la voir ni la saluer, ce qui représentait, pour un chevalier, une faute grave.
Profondément choquée, la Damoiselle fit tourner son palefroi et aborda Gauvain, pour lui reprocher son manque de courtoise. Et, pour le punir, elle lui souhaita de ressembler au premier homme qu'il rencontrerait.
Gauvain s'inclina, ne dit mot et repartit, mais à peine eut-il chevauché quelques lieues, ses yeux s'arrêtèrent sur un nain qui marchait en compagnie d'une Damoiselle. Se rappelant la leçon qu'il venait de s’attirer, il s'empressa de la saluer.
A quelque distance de là, il ne comprit pas, ou il ne comprit que trop, ce qui lui arrivait : les manches de son haubert lui venaient maintenant bien au-delà des mains, et les pans lui couvraient les chevilles. Eh oui, Gauvain avait tellement diminué de taille qu'il n’était plus qu'un nain, dont les pieds n'atteignaient pas les étriers et la tête son écu... Sa peine fut si vive, qu'il se demanda un moment, s'il n’allait pas en finir avec la vie.
Mais que dirait-on, à la cour du roi Artus, d'un chevalier qui n'aurait su faire face à l'épreuve ? Et déjà, s'aidant d'un tronc d'arbre coupé pour descendre de cheval, il raccourcissait ses étriers, relevait les manches et les pans de son haubert et aussi ses chausses de fer. Puis, courageusement, il reprit la route pour être fidèle à son serment.
Mais de Merlin, point ne se présentait. Personne ne l'avait vu ni ne le connaissait. Et vous devinez aisément l'angoisse de messire Gauvain qui continuait à parcourir des lieues.
Un jour, il entra dans la forêt de Brocéliande et c'est là qu'il découvrit un étrange phénomène : une sorte de vapeur... Il ne pouvait croire que son cheval ne franchirait pas un obstacle transparent et aérien. Mais non. Obstinément, le cheval refusa d'avancer... Et soudain, il s'entendit appeler par son nom, et reconnut la voix de Merlin.
- Où êtes-vous ? demanda Gauvain. Je vous supplie de m’apparaître...
- Non, répondit Merlin, vous ne me verrez plus jamais, et après vous je n'adresserai la parole qu'à ma mie, Viviane. Le monde n'a pas de tour si forte que la prison d'air où elle m'a enserré.
Et il raconta comment, alors qu'il dormait, Viviane avait fiat un cercle de son voile, autour du buisson ; et comment, quand il s'éveilla, il comprit qu'il ne pourrait plus sortir de ce cercle enchanté, où Viviane le retenait prisonnier. il dit encore :
- Saluez pour moi le roi et madame la Reine, et tous les chevaliers et barons, et comptez-leur mon aventure. Puis il ajouta : Ne désespérez pas de ce qui vous est advenu, Gauvain. Vous retrouverez la Damoiselle qui vous a enchanté ; cette fois, n'oubliez pas de la saluer, car ce serait folie.
A tout ce discours, le nain Gauvain ouvrit de grands yeux. Cependant, il reprit la route de Carduel, tout à la fois heureux et mécontent, heureux de ce que Merlin lui prédisait la fin de sa mésaventure, et mécontent de penser que son ami s'était montré pour la première fois, plus fol que sage.
Quand il traversa la forêt où il avait croisé la Damoiselle qui lui avait jeté ce mauvais sort, il craignait tant de la rencontrer et de ne pas la saluer, qu'il ôta son heaume pour mieux la voir. Et soudain, il l'aperçut aux prises avec des chevaliers félons qui lui voulaient du mal. Gauvain s'élança alors sur eux et les combattit si bien, malgré sa petite taille, qu'il les mit en déroute.
En reconnaissance de son dévouement et de sa bravoure, la Damoiselle, sur la promesse qu'il lui fit d'être toujours courtois, lui permit de redevenir ce qu'il était avant leur première rencontre.
Alors messire Gauvain chevaucha si vite  qu'au détour d'un chemin, il retrouva les chevaliers qui étaient partis comme lui pour chercher Merlin et qui revenaient, comme lui, après un an et un jour. Tous firent au roi et à la reine le récit de leurs aventures et quand vint le tour de Gauvain d'apprendre l'enserrement de Merlin, il provoqua chez tous une grande tristesse.
Des clercs mirent ces récits par écrit . Grâce à eux, nous les connaissons aujourd'hui.

***
Laurence Camiglieri
Légendes des Chevaliers de la Table ronde
Éditions Nathan

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...