BIENVENUE

Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


mercredi 4 janvier 2012

Le renard et l'ours


Un jour le renard, passant près d'un tipi (ou teepee), vola un magnifique poisson qu'un Indien faisait cuire devant sa demeure, au-dessus d'un feu de cendres rouges. Ce poisson constituait le dîner de cet homme, mais le renard, voleur rusé et méchant, profita d'un moment d'inattention pour saisir la proie et se sauver. Heureux d'avoir découvert si facilement un bon repas et d'avoir joué un mauvais tour, il s'en allait allégrement, agitant sa longue queue en signe de plaisir. Le fait est qu'il était très content de lui et ne songeait qu'à commettre d'autres méfaits, lorsque, tout à coup, il vit l'ours. Celui-ci, profitant d'un rayon de soleil, avait quitté son abri et s'avançait lourdement : flip... flop... flip... flop... flip... flop...
Notre renard grimpa sur un arbre. Il commença à manger son poisson à grand bruit de mâchoires et, lorsque l'ours passa sous l'arbre, il lança un petit morceau de son dîner sur le museau de l'animal.
- Qu'est cela ? grogna l'ours en se léchant le museau et en mangeant avec délices le petit morceau de poisson.
Un autre morceau lui tomba de nouveau sur le nez. Tout en l'avalant, l'ours leva la tête.
- Miam, miam, miam... faisait le renard, perché sur l'arbre.
- Que mangez-vous de si bon, là-haut, ami Renard , demanda l'ours.
- Miam, miam, miam, c'est du poisson que j'ai pêché.
- Et où l'avez-vous pêché ?
- Miam, miam, miam, au bord de l'étang. C'est là que ceux qui aiment la bonne chère vont pêcher leur poisson.
- Mais je ne sais guère pêcher, ami Renard. J'effraie les poissons quand ils m'entendent approcher de la rivière. J'ai faim. Ne voudriez-vous pas me jeter encore un peu de ce poisson ?
- Nenni. Allez le pêcher vous-même.
- Cela m'est impossible. L'eau est gelée.
- Belle excuse. J'ai pêché le mien malgré l'eau gelée.
- Et comment avez-vous fait ?
- Ce n'est guère difficile. J'ai cassé un peu de glace près de la rive. J'ai trempé ma queue dans le trou ainsi formé. Je me suis assis et j'ai attendu, la queue dans l'eau.
"Mais oui, lourdaud ! Je suis resté là, sans remuer, sans me retourner et, après un moment, j'ai senti tous les poissons qui venaient se pendre à ma queue. Allez à l'étang, bonne bête, et quand vous en aurez pêché en quantité suffisante, je ferai cuire vos poissons".
L'ours s'éloigna, un peu fâché à cause du ton ironique que le renard avait pris pour lui parler. Il était indécis et lent, mais il était aussi gourmand et il avait vraiment faim, ce jour-là ! L'odeur du poisson cuit, les quelques petits morceaux qu'il avait pu en goûter, l'avaient plus que jamais mis en appétit.
"Après tout, pourquoi ne pas essayer ?" se dit-il
Il alla donc au bord de l'étang. Le renard, caché derrière une grosse pierre, le regardait en riant, et s'amusait de telle sorte qu'il en oubliait de finir son repas. L'ours brisa un peu de glace, s'assit et attendit, la queue dans l'eau, car l'ours d'alors avait une queue au moins aussi longue que celle du renard.
Elle avait beau être touffue, cette queue, il sentit le froid de l'eau glacée qui semblait lui monter tout le long de l'échine, mais il ne bougea pas. Le bonhomme Hiver ne pouvait s'empêcher de hausser les épaules, en voyant une telle sottise. La neige, compatissante, se faisait molle et douce pour tomber sur la grosse tête de l'animal, mais elle lui entrait dans les yeux. Il crut qu’elle voulait le séduire et il ferma les paupières pour ne plus la sentir et pour ne pas la voir. Le vent du nord, féroce, tourbillonnait en sifflant lugubrement autour de lui. Il se boucha les oreilles pour ne plus l'entendre.
Il commençait toutefois à regretter l'abri qu'il avait quitté et où il était si bien protégé du froid, de la neige et du vent, mais la gourmandise, la faim, l’amour-propre aussi, le retenaient.
Il attendit un bon moment. Il sentit sa queue devenir plus lourde et la crut chargée de poissons. Il voulut la retirer de l'eau, mais elle était gelée et retenue par la glace. Il essaya à plusieurs reprises ; sans succès. Il se décida alors à appeler le renard :
- Renard ! Renard ! Ami Renard !
Le renard le laissa crier un bon moment avant de se diriger vers l'étang, les yeux moqueurs et la queue en panache. Il se mit à rire et à se moquer de l'ours, de façon si bruyante que les chiens qui étaient par là l'entendirent et accoururent.
C'était ce que désirait le fourbe, qui, au lieu de prendre une direction opposée à celle de l'ours pour que la meute ne vit pas ce dernier, continua au contraire dans la direction de l'étang. Les chiens, voyant l'ours en difficulté, l’attaquèrent ; mais il se défendit si bien qu'ils abandonnèrent la partie et se mirent à la poursuite du renard.
L'ours avait fait un si violent effort, pour résister à la meute sauvage qui le croyait impuissant, que sa longue queue s'était brisée.
C'est depuis ce temps-là que les ours ont une courte queue et que les chiens s'obstinent à chasser les renards.

***
Hélène Fouré-Selter
Contes et Légendes des Indiens Peaux-Rouges
Éditions Fernand Nathan

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...