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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


samedi 8 octobre 2011

Viviane

En ce temps-là, il y avait au cœur de l'Armorique, une vaste forêt qui allait de Fougères à Quentin, de Corlay à Camors, et de Faouët à Redon. C'était la forêt de Brocéliande. Le vent y jouait constamment et les arbres s'inclinaient en des révérences sans fin, sur une étendue qui mesurait bien trente lieues de longueur et vingt de largeur.
A travers cette forêt erraient des créatures extraordinaires comme fées et sylphes. Il y avait Dyonas, qui était filleul de Diane, la déesses des bois, et dont la fille, Viviane, rôdait jour et nuit parmi les arbres et s'amusait avec les papillons.
Un jour qu’elle se trouvait assise près d'une source où les korrigans et les fées venaient habituellement se mirer, elle vit passer un très beau jeune homme, haut de taille et brun de cheveux, qui allait à pas de promenade, fredonnant pour lui-même. Arrivé près d'elle, il s'arrêta, s'appuyant sur une branche, et la salua, mais sans ajouter un mot de plus.
C'était Merlin, qui sentait battre si fort son cœur devant la grande beauté de cette fille, qu'il redoutait de perdre sa liberté d'esprit. Eh oui ! Merlin savait qu'il venait de rencontrer Viviane, ils avait qu'il était désigné pour l’aimer et être aimé d'elle, et qu'il lui serait soumis entièrement dès qu'ils se seraient entretenus tous deux.
Or, Viviane, comme toute femme, était curieuse, et elle lui demanda :
- Qui êtes-vous, beau sire ?
- Je suis un valet errant qui cherche le maître qui m'apprenne mon métier.
- Peut-on savoir quel métier ?
Merlin s'assit au bord de la source, prenant place auprès de Viviane, et répondit :
- Par exemple, à soulever un château fort, fut-il assiégé par des soldats. Ou bien marcher sur un étang sans se mouiller les pieds, ou bien encore à faire naître une rivière et beaucoup d'autres choses....
Viviane battit des mains :
- Quel beau métier ! Ah ! je voudrais vous voir à l’œuvre. Je serais alors votre amie, en tout bien tout honneur, ajouta-t-elle, coquette.
A ces mots s'augmenta l'émoi de Merlin, qui accepta de lui montrer une partie de ses jeux et de ses talents. Il y mit pourtant une condition :
- Que j'aie votre amour, sans vous demander plus.
Viviane jura qu'elle y consentait. Alors, avec la branche sur laquelle il s'appuyait, Merlin traça un cercle sur le sol. Ce geste étonna Viviane : elle promenait ses yeux autour d'elle et en voyait rien d’extraordinaire, mais, quelques secondes plus tard surgirent de belles dames et de beaux messieurs qui faisaient une grande ronde et chantaient joyeusement. Certains se mirent à danser sous les arbres soudainement chargés de fruits, tandis qu'au loin se profilait un château devant lequel s'étendait une pelouse avec de grands parterres de fleurs. On eût dit que Merlin avait fait naître le paradis.
Fascinée, Viviane observait lentement toutes choses, s'arrêtant devant les danseurs, tentant de fredonner leurs refrains.
- Que vous en semble ? dit Merlin. Êtes-vous toujours prête à tenir votre serment ?
- Certes, Messire, et de cœur je vous appartiens. Mais vous ne m'avez encore rien appris....
- je le ferai un jour, c'est promis.
Dès que la lune brilla, les belles dames et leurs cavaliers disparurent, ainsi que le château, seul demeura le verger, à la prière de Viviane, qui le nomma "Repaire de joie et de liesse".
- Maintenant, dit Merlin, je dois partir...
- Êtes-vous donc si pressé de me quitter ? Et sans m'avoir rien enseigné encore...
- Il faut du temps, gentille Damoiselle...
Mais Viviane voulait connaître tout de suite le secret de Merlin : elle était prête à demeurer là toute la nuit et même à consentir à tout ce que Merlin exigerait, quand elle saurait comment on accomplissait de tels prodiges.
Alors Merlin lui expliqua la manière de faire couler une rivière où il lui plairait. Viviane contemplait cette eau merveilleuse avec extase, après avoir écrit la recette sur un parchemin. A peine s'aperçut-elle que Merlin la saluait en lui promettant de revenir bientôt.

***

Légendes des Chevaliers de la Table Ronde
par Laurence Camieglieri
Aux Éditions Nathan

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