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mardi 4 octobre 2011

La chance de Stanislas

Les parents de Stanislas étaient si pauvres qu'une souris affamée se serait fait scrupule de manger une miette leur appartenant. Un jour, le père - Stanislas avait alors quatorze ans - se rendit dans une auberge pour y offrir ses services. Un étranger, assis à la table, se régalait d'un savoureux rôti de porc. Comme il était charitable, il invita le pauvre hère à partager son repas. Pendant qu'ils mangeaient, il lui parla d'une ferme enchantée où un jeune garçon courageux pourrait tenter sa chance. Le père de Stanislas dressa l'oreille. "Si mon fils est aussi intrépide qu'il est bon, pensa-t-il, sa fortune est faite, sans aucun doute. Il nous reviendra dans une voiture traînée par deux chevaux, et de l'argent plein les poches. Seigneur ! N'est-ce pas précisément ce que j'avais rêvé ?"
Le lendemain matin très tôt, Stanislas, sac au dos, quittait la chaumière de ses parents. Il chemina pendant des heures, traversa une immense forêt de coudriers, puis un champ de blé tout aussi vaste, et aperçut, vers le soir, la ferme enchantée construite de pierres multicolores qui brillaient au soleil. En cours de route, il est vrai, maintes choses lui avaient déjà paru fort singulières. Mais. Stanislas prit son courage à deux mains en se disant : "Bah ! il ne peut rien m'arriver et, de toute façon, je suis décidé à rester ici !". Il jeta un coup d'œil autour de lui avant de se risquer dans la maison. Toutes les portes étaient grandes ouvertes, ce qui l'engagea à pénétrer plus avant. Stanislas aperçut bientôt le maître de la ferme. Ce n'était certainement pas un fermier tel qu'il se l'était représenté. II se trouvait devant un être extraordinaire dont le corps était recouvert d'un habit terminé par une queue de dragon qui balayait largement le plancher. En plus de cela, ce bizarre fermier avait la tête d’une vache...
- Tu es un brave garçon, meugla la tête de vache, et je t'engage pour être mon domestique pendant sept ans. Tu nourriras mes poules et mes chiens, garderas mon bétail, étrilleras mes chevaux et tu recevras en récompense un bon salaire.
Le travail qu'on lui demandait de faire n'était pas difficile. Stanislas n'eut pas besoin d'employer un balai dans la basse-cour, tant les poules se comportaient décemment. Les chiens s'entendaient le mieux du monde. Quant aux autres animaux, ils essayaient de se suffire, afin que le valet ne fût pas surchargé de besogne.
Tout en jouant de la flûte, Stanislas, couché dans l'herbe parmi les chevaux, les vaches, les poules et les chiens, se demandait : "Suis-je donc au Paradis ?". A l'exception du fermier, qu'on ne voyait jamais, on ne rencontrait pas une âme dans la ferme enchantée. Heureux de son sort, le jeune garçon vivait paisiblement. Il était bien nourri et avait un bon lit. Et les années passèrent, qui lui parurent des heures.
Quand les sept ans furent écoulés, le fermier à tète de vache et à queue de dragon fit appeler Stanislas. Les adieux furent mélancoliques. Le fermier avait même les larmes aux yeux. Il remit au jeune homme en guise de salaire une belle noisette brillante, presque ronde. en lui disant : 
- Un trésor est caché dedans, et tu verras bien ce qu'il en adviendra.
Reconnaissant, Stanislas prit la noisette, remercia du fond du cœur, fit une révérence et s'en alla.
Tout joyeux de posséder une noisette aussi extraordinaire, Stanislas se sentait capable de conquérir le monde. Mais il reprit le chemin de la chaumière. En route, il rencontra un écureuil qui, en échange de la noisette, lui donna un grain de blé. Stanislas pensa : 'Sûrement, tout un champ de blé est contenu dans ce grain !". Un petit oiseau vint à lui et le pria de lui donner ce grain de blé en échange d'un caillou aux belles couleurs. Stanislas battit des mains en s'écriant :
- Parbleu ! veinard que je suis ! Avec cette pierre, je me bâtirai une maison aussi belle et aussi brillante que la ferme de mon maître !
Mais à peine avait-il fait quelques pas qu'un poisson, qui convoitait le caillou, bondit hors de la rivière et lui proposa en échange une perle nacrée. Près d'une claire fontaine, dont l'eau reflétait le ciel et qui semblait sans fond, une ravissante jeune fille l'aborda : 
- O toi qui passes, lui dit-elle, ta perle m'irait si bien ; donne-la moi contre une petite clé d'or, le seul trésor que je possède. 
Enthousiasmé, Stanislas s'écria : 
- Tiens cette perle, je désirais cette clé d'or depuis si longtemps !
Tout en marchant et en faisant ces échanges. Stanislas n'avait pas pris garde à l'endroit où il se trouvait. Il était dans l'immense forêt de coudriers. Il l'entendit murmurer : "Cette forêt est à toi !" Dans un bruissement, le champ de blé lui dit : "Je t'appartiens !". Le jeune homme se retrouva alors devant la ferme qu'il venait de quitter. Il l'entendit crier :
- Tu m'as délivrée par ta patience et ta fidélité. Tu es maintenant le maître. Entre donc ! 
Stanislas eut recours à la petite clé d'or, car la porte était fermée. Et c'est la jeune fille de la fontaine qui l'accueillit. 
- Oh ! dit-elle, tu ne me reconnais certes pas. C'est moi qu'on avait métamorphosée en cet affreux fermier à tête de vache.
Stanislas devint un grand seigneur et un heureux époux. Il attela deux chevaux de race à une voiture et alla chercher ses parents qu'il amena dans son beau domaine. 

***
Conte de Pologne

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