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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


vendredi 17 juin 2011

Pour la fête de papa



Voici quinze jours que la maison a pris des airs mystérieux. On y complote et cachotte dans tous les coins. A chaque instant, on est arrêté par une porte close, et l'on trouve fermés des tiroirs qui d'habitude ne le sont jamais. Que se passe-t-il donc ?
- C'est bien simple, la fête de papa n'est pas loin, et les enfants préparent leurs surprises. Dans un vieux tiroirs se dissimule un paquet soigneusement ficelé, et, derrière cette porte qui ne veut pas s'ouvrir, quelqu'un s'est mis en cellule pour achever une superbe carte géographique.
Voyant tous ses frères et soeurs affairés, Bébé n'a pas voulu demeurer en reste. Depuis plusieurs jours, il disparaît à ses heures, et personne n'a jamais pu savoir où il se cache. Il a trouvé dans le grenier, derrière le pigeonnier, un petit réduit où il va, lui aussi, travailler pour papa. Que peut-il bien avoir sur le chantier ? C'est son secret à lui...
Mais la veille du grand jour est arrivée. Les enfants sont allés dormir en recommandant à la vieille Lisette de les réveiller de très bonne heure pour surprendre papa dès son réveil. Quant à Bébé, il a grimpé sur les genoux de Lisette, lui a donné deux gros baisers, et lui a dit à l'oreille : "Moi, tu me réveilleras de très bonne heure... moins un quart."
Le lendemain, au petit jour, tout ce jeune monde s'habille en hâte, s'agite et se presse à la porte de papa, prêt à entrer au premier signe. Enfin, une petite oreille collée à la serrure croit avoir entendu du bruit dans la chambre. C'est le moment : et tous, chargés de bouquets, de boîtes, de travaux d'art, font irruption dans la pièce. On couvre de fleurs le lit paternel et l'on y entasse les présents. Puis, au déballage de ces précieux objets, ce sont des embrassades, des exclamations sans cesse renouvelées.
Jusqu'ici Bébé n'a pas encore donné. Il se tient à l'écart et, les mains derrière le dos, il observe ce qui se passe. Une fois le mouvement apaisé, il s'avance un peu timide et, sous l'oeil étonné de ses aînés, présente un rouleau de papier gris passablement chiffonné... et une lettre.
En dépliant le papier, papa y trouve une tapisserie multicolore, sans forme précise, ni dessin, d'un effet inénarrable.
Quant à la lettre, elle porte comme adresse des pattes de mouches, et, à l'intérieur, quatre pages pleines des mêmes signes, ainsi que plusieurs pâtés. Bébé, soit dit tout bas, est absolument illettré. A la vue de ces cadeaux, les grands frères rient aux éclats, et l'enfant, interloqué, fond en larmes.
Mais papa, très ému, soulève entre ses bras, le pauvre petit, l'embrasse tendrement et lui dit : "Merci, cher Bébé, console-toi, ne pleure pas, ton cadeau me fait un plaisir immense ; je ferai faire des pantoufles avec ta jolie tapisserie, et, je garderai ta lettre dans mon portefeuille ; car je sais lire cette écriture-là. Tu as voulu m'écrire que tu m'aimais ; et c'est là aussi ce que tu as cousu dans ta tapisserie, avec de la laine rouge, bleue, verte et jaune. Cela suffit. Plus tard, tu m'offriras, comme tes frères, des ouvrages plus parfaits et des voeux écrits en style soigné.
Puisses-tu y dire toujours avec le même coeur : "J'aime mon papa !"

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Charles WAGNER

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