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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


mercredi 10 mars 2010

Les rossignols

Marja, la petite princesse, avait pour camarade de jeu un garçon qui ne possédait, pour toute richesse, qu'un arc d'argent avec des flèches et une harpe d'or. Quand la fillette lui disait :  "Décroche, pour moi, une étoile du ciel ! " le garçon bandait son arc, visait, tirait et une petite étoile s'abattait dans les mains de la princesse. Si elle lui demandait : "Chante-moi quelque chose ! " il prenait sa harpe et chantait si bien en s'accompagnant, que Marja soupirait : "C'est vraiment merveilleux ! "
Mais le roi, le père de Marja, ne voulait rien savoir de cette amitié.
- Il est trop pauvre, disait-il à sa fille, et n'est pas de ta condition.
Et, pour s'en débarrasser, il fit jeter le malheureux en prison. Dans son cachot, le pauvre garçon se mit à chanter avec tant de sentiment que Marja ne pouvait retenir ses larmes, si bien que le roi fit conduire le chanteur dans une vieille tour environnée de broussaille, au milieu de la forêt.
- Voilà ton ermitage ! lui dirent les chevaliers qui, par un escalier en colimaçon, le conduisirent dans une chambrette avenante et bien aérée tout au haut de la tour.
C'est là qu'ils l'enfermèrent.
On ne lui donna aucune nourriture et le pauvre garçon serait mort de faim si une bonne fée n'avait veillé sur lui. Par une nuit sombre, alors que la tempête secouait rudement les arbres de la forêt, cette fée, pareille à un rayon de lune, se glissa dans le logis du prisonnier. Elle lui remit un sachet contenant treize petites boules.
- Si tu en manges une, lui murmura-t-elle, tu seras transformé en oiseau ; tu pourras sortir, t'envoler et te procurer de la nourriture : graines, insectes et vers, selon tes goûts. 
Cette offre ne plut qu'à moitié au jeune garçon.
- Je veux bien manger des graines, mais pas d'insectes, et encore moins des vers ! Et puis. comment ferai-je pour reprendre figure humaine ?
La bonne fée sourit :
- Tu le pourras, si tu rentres dans la tour avant l'aurore. Et prends bien garde à ceci : veille à conserver une boule. Si tu manges la dernière, tu resteras toute ta vie un oiseau.
Pendant la nuit, le jeune garçon s'avisa que cette métamorphose lui permettrait de se rendre auprès de Marja. Il avala aussitôt une petite boule, fit le vœu d'être un moineau et s'enfuit à tire-d'aile par-dessus les grands arbres. Affamé, car il n'avait pas pris le temps de manger, il se posa sur la fenêtre de la princesse. Mais une femme de chambre le chassa en lui disant : 
- Va-t'en, oiseau ! La princesse dort et ton pépiement n'est pas beau !
Une autre fois, le garçon résolut de se métamorphoser en un cygne sauvage. Mais son plumage blanc le fit remarquer et un chasseur faillit l'abattre. Il joua ce jeu dangereux plusieurs soirs de suite. Aussitôt que le soleil s'était caché derrière les montagnes ou avait sombré dans la mer, le garçon avalait une de ses petites boules. C'est ainsi qu'il se transforma successivement en alouette, serin, corneille, chouette. Et, sous cette dernière forme, il vécut une aventure tragicomique. Comme on le sait, les chouettes voient dans l'obscurité. Alors il put contempler la blonde petite Marja, qui dénouait ses tresses pour la nuit tout en versant d'abondantes larmes. Lui-même ne put s'empêcher de pleurer et de grosses larmes rondes ruisselèrent sur son plumage, si bien que le pauvre oiseau nocturne avait l'air d'avoir été surpris par une forte averse...
Mais la provision de boules touchait à sa fin. Il n'en restait plus que trois dans le sachet. Le prisonnier prit alors sa harpe et se mit à jouer. Et pendant que les cordes résonnaient, il avala une des trois boules et fit le vœu d'être un oiseau sachant autant d'airs qu'il en tirait de son précieux instrument. Par une chaude nuit d'été, il gagna le château et se posa sur un arbre. Puis il se mit à chanter d'une façon si claire, si pure et si mélodieuse que les gens accoururent pour écouter cette musique divine. Parmi eux se trouvait Marja, qui reconnut aussitôt la voix. "C'est mon ami ! " s'écria-t-elle, car son cœur ne la trompait point.
Le lendemain, à l'aube, Marja se rendit secrètement dans la forêt. Elle s'approcha de la tour. Le prisonnier la vit et lui cria : 
- Marja, tends ton tablier. Avec mon arc d'argent; je vais t'envoyer une boule. Mange-la et fais le vœu d'être un oiseau pareil à celui que tu as entendu hier.
La boule tomba dans le tablier - c'était l'avant-dernière - et Marja, après l'avoir croquée, se transforma en un petit oiseau qui, chantant éperdument, s'envola comme un trait vers le jeune garçon. Celui-ci avala à son tour la dernière boule, sachant bien qu'il ne recouvrerait jamais plus sa forme humaine...
Et c'est ainsi qu'ils furent enfin réunis sous l'aspect de deux petits oiseaux gazouillants et pépiants, jamais las de perfectionner leurs roulades. Parce que le garçon s'était condamné à demeurer toute sa vie un oiseau, la princesse Marja ne voulut jamais renoncer à son plumage. Ils bâtirent leur demeure dans une niche de la tour. Bientôt ils eurent de mignons petits oisillons auxquels ils apprirent à chanter de façon mélodieuse. Puis ils émigrèrent avec leurs chansons dans les autres pays, et les gens les baptisèrent du nom de rossignols. C'est donc l'origine de ces divins chanteurs ailés que cette histoire vous dévoile.

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