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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


mardi 8 décembre 2009

Mme Prothero et les pompiers


C'était la veille de Noël, dans l'après midi et j'étais dans le jardin de Mme Prothero avec son fils Jim, en train de guetter les chats. Il neigeait. Il neigeait toujours à Noël. Décembre, dans mes souvenirs, est aussi blanc que la Laponie, bien qu'il n'y eût pas de rennes Mais il y avait les chats. Patients, glacés et impitoyables, les mains enveloppées dans des chaussettes, nous attendions le moment de les bombarder de boules de neige. Lisses et longs comme des jaguars, portant d'horribles moustaches, crachant et grognant, ils se faufilaient et se glissaient par-dessus les murs des jardins de derrière, tandis que, chasseurs aux yeux de lynx, Jim et moi, coiffés de fourrure et chaussés de mocassins, trappeurs de la baie d'Hudson, à deux pas de Mumbles Road, nous lancions nos boules mortelles dans le vert de leurs yeux.
Les chats prudents ne se montraient jamais. Nous nous tenions si immobiles, Esquimaux de l'Arctique, tireurs d'élite, dans le silence étouffant des neiges éternelles - éternelles depuis le mercredi précédent - que nous n'entendîmes pas le cri que poussa Mme Prothero, de son igloo au fond du jardin. Ou, si nous l'entendîmes, nous le prîmes pour le lointain défi de notre ennemi, notre proie, le chat polaire du voisin. Mais bientôt la voix se fit plus forte : "Au feu !" hurla Mme Prothero, et elle tapa sur le gong du dîner.
Alors, des boules de neige plein les bras, nous dévalâmes le jardin en direction de la maison. En effet, de la fumée s'échappait en abondance de la salle à manger, le gong résonnait très fort et Mme Prothero annonçait la catastrophe comme un crieur de Pompéi. Voilà qui était bien mieux encore que tous les chats du pays de Galles réunis ! Nous nous précipitâmes dans la maison, chargés de boules de neige, et nous nous arrêtâmes devant la porte ouverte de la pièce enfumée.
Quelque chose brûlait bel et bien. C'était peut-être M Prothero qui faisait toujours la sieste à cet endroit après déjeuner, un journal posé sur le visage. Mais non, car il se tenait debout, au milieu de la pièce, en disant :
- Joli Noël ! et en battant la fumée avec une pantoufle.
- Appelez les pompiers ! cria Mme Prothero en tapant su le gong.
- ils ne seront pas là, répliqua-t-il. C'est Noël !
On ne voyait pas de feu, seulement des nuages de fumée au milieu desquels se tenait M. Prothero qui agitait sa pantoufle comme un chef d'orchestre sa baguette.
- Mais faites quelque chose ! dit-il.
Alors, nous nous sommes mis à lancer des boules de neige dans la fumée - il me semble que nous manquâmes M. Prothero -, puis nous courûmes vers la cabine téléphonique.
- Appelons aussi la police ! dit Jim.
- Et l'ambulance.
- Et Ernie Jenkins ! Il aime bien les incendies !
mais on se contenta des pompiers, et bientôt la voiture arriva. Trois gailalrds casqués firent passer une lance dans la amison et mme Prothero eut juste le temps de sortir avant qu'ils la mettent en route. Nul n'aurait pu imaginer un soir de Noël plus bruyant. Et lorsque les pompiers arrêtèrent l'eau et se retrouvèrent dans la pièce trempée et enfumée, la tante de Jim, Mlle Prothero, descendit l'escalier et les dévisagea. Jim et moi, nous attendions tranquillement ce qu'elle allait leur dire. Elle avait toujours le mot qu'il fallait Elle regarda les trois hommes coiffés de leur casque étincelant, debout au milieu de la fumée, des cendres et des boules de neige à moitié fondues et elle demanda :
- Voulez-vous un peu de lecture ?

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