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mardi 1 décembre 2009

Les pierres de Plouhinec

Ces géants ont plus de 3000 ans avant notre ère.

Dans certaines parties de la Bretagne, on trouve des pierres levées que l'on appelle menhirs. Elles ont disposées en cercle ou en alignements, comme d 'immenses piliers grossièrement taillés. Les habitants de la région racontent qu'elles furent jadis élevées par des nains, les kerions, qui cachaient en dessous leur or et leur trésor. Chaque ensemble de pierres a sa propre légende.
Voici l'histoire de ces pierres :
Non loin de Plouhinec s'étend une lande désolée où ne poussent qu'une herbe rustique et des genêts jaunes de Bretagne. C'est dans cette plaine que se dressent les pierres de Plouhinec, en deux longs alignements.
A la lisière de cette lande vivait un fermier, avec sa sœur, Rozennick. Rozennick était jeune et jolie, et avait de nombreux prétendants, mais elle n'accordait ses sourires qu'à Bernez, un garçon pauvre qui travaillait pour le compte d 'un fermier.
Or, ce dernier décida qu'il n'accorderait sa sœur à bernez que lorsque le jeune homme serait capable de lui montrer ses poches remplies d'or.
Un soir de Noël, alors que le fermier régalait ses hommes à sa table, on entendit frapper à la porte : dehors, dans le vent glacial, se tenait un vieux mendiant qui demandait asile pour la nuit. Il avait l'air d'un gredin, filou et sournois, mais comme c'était Noël on le fit entrer et on lui offrit une place au coin du feu.
Après dîner, le fermier le conduisit vers l'étable et lui permit d'y dormir, sur un tas de paille. Il y avait là le bœuf qui d'ordinaire tirait la charrue et l'âne qui apportait au marché tout ce qu'on avait à y vendre.
Le mendiant était sur le point de s'endormir lorsque minuit sonna et comme chacun sait, à cette heure-là, à Noël, les animaux sont doués de parole, en souvenir du premier Noël à Bethléem.
- Il fait bien froid, dit l'âne.
Le mendiant fit semblant de dormir à poings fermés, mais il resta éveillé et tendit l'oreille :
- C'est vrai, reprit le bœuf, mais il fera tout aussi froid pendant la nuit de la Saint-Sylvestre, quand les pierres de Plouhinec descendront boire à la rivière et laisseront leur trésor à découvert. Cela n'arrive que tous les cent ans.
Le bœuf regarda le mendiant qui ronflait sur la paille :
- Si ce vieil hommes avait ce que l'on sait, il irait, dans une semaine très exactement, remplir ses poches du trésor des kérions.
- Il serait bien avancé ! dit l'âne, car à moins d'avoir sur lui une branche d'herbe de la croix et un trèfle à quatre feuilles, il se fera écraser par les pierres lorsqu'elles reviendront prendre leur place.
- Et encore ! L'herbe de la croix et le trèfle à quatre feuilles ne lui suffiront pas, ajouta le bœuf, car quiconque s'empare du trésor doit donner en échange l'âme d'un chrétien baptisé, sinon le trésor se transforme en poussière. Et s'il est facile de se procurer de l'herbe de la croix et même, en cherchant bien, un trèfle à quatre feuilles, où trouver un chrétien prêt à donner sa vie ?
- C'est vrai, acquiesça l'âne, et la conversation se poursuivit sur d'autres sujets.
Mais le mendiant en avait assez entendu. Aux premières lueurs de l'aube, il quitta la ferme et, durant six jours, il battit la campagne en quête de ces précieuses plantes. Pour l'herbe de la croix, ce fut facile, mais il ne trouva de trèfle à quatre feuilles que le dernier jour de l'an. Brûlant d'impatience, il se hâta de retourner vers la lande.


Mais le jeune Bernez l'y avait précédé ; il avait apporté son pain et son fromage pour les manger sous le plus grand des menhirs, et il occupait les quelques minutes qui lui restaient avant de reprendre son travail, à y graver une croix.
- Que fais-tu là ? lui demanda le vieux mendiant, qui reconnut en lui l'un des hommes de la ferme où on l'avait hébergé le soir de Noël.
Bernez lui répondit en souriant :
Ce signe sacré pourra peut-être, un jour, venir en aide à quelqu'un. Ce n'est pas une mauvaise chose que d'occuper un instant de désœuvrement à tracer une croix sur une pierre.
- Certes pas, répliqua le mendiant, mais tout en parlant il se souvint des tendres regards de Bernez pour Rozennick, pendant la fête de Noël, et il lui vint à l'esprit une pensée perfide.
- Que ferais-tu, demanda-t-il, si tu avais les poches remplies d'or ?
- Eh bien, répondit Bernez sans hésiter, j'irais trouver le fermier, je lui demanderais la main de Rozennick, et il me l'accorderait.
Le mendiant s'approcha et lui glissa à l'oreille :
- Je peux te dire comment les remplir d'or et en emporter un ou deux sacs par-dessus le marché.
Puis il raconta à Bernez ce qu'avaient dit le bœuf et l'âne, en se gardant bien de mentionner l'herbe de croix, le trèfle à quatre feuilles et l'âme d'un baptisé à donner en retour.
Quand il eut terminé, Bernez avait les yeux brillants et serrait fort la main du mendiant dans la sienne.
- Tu es un véritable ami, lui dit-il, toi qui acceptes de partager avec moi ta bonne fortune. C'est entendu. je te trouverai ici avant minuit.
Il acheva son ouvrage et se hâta d'aller reprendre son travail, tandis que le mendiant riait sous cape d'avoir si facilement trouvé une victime.
Juste avant minuit, Bernez et le mendiant étaient postés de derrière un buisson de genêts, dans les ténèbres. A peine les douze coups de minuit eurent-ils sonné qu'on entendait un bruit effroyable, comme un fracas de tonnerre : le sol trembla et les énormes pierres se soulevèrent et se mirent à descendre vers la rivière.
- C'est le moment ! s'écria le mendiant.
Alors ils se précipitèrent et plongèrent leurs regards dans les trous laissés béants : en effet, au fond de chacun d'eux était amassé un trésor.
Le mendiant ouvrit les sacs qu'il avait apportés et s'appliqua à les remplir tandis que Bernez, qui n'avait de pensée que pour Rozennick, se contenta de bourrer ses poches.
Ils n'avaient pas plutôt commencé que la terre se mit à nouveau à trembler et à gronder comme si défilait une armée de géants. Les pierres, après avoir bu à la rivière, revenaient prendre leur place. Bernez hurla de terreur lorsqu'il les vit apparaitre dans l'obscurité.
- Vite ! vite, ou nous allons périr écrasés ! cria-t-il, mais le vieux mendiant éclata de rire en présentant l'herbe de la croix et le trèfle à quatre feuilles.
- Pas moi ! pas moi ! reprit-il. Regarde ce que j'ai pour me protéger. Mais toi, tu es perdu en effet ! et je m'en réjouis car mon trésor tombera en, poussière si l'âme d'un baptisé n'est pas offerte en échange.
Bernez, épouvanté, comprit qu'il disait vrai car le premier menhir s'écarta pour laisser place au mendiant et les autres firent de même, passèrent de chaque côté, le laissant indemne, puis se précipitèrent sur Bernez.
Le jeune homme, plus mort que vif, était incapable de s'enfuir.0l se couvrit le visage lorsqu'il vit la plus grosse pierre se jeter sur lui. Mais juste au-dessus de l'endroit où il était accroupi, tremblant de peur, elle s'arrêta, se dressa au-dessus de sa tête comme pour le protéger et toutes les autres durent s'écarter pour l'éviter. Et lorsque Bernez osa enfin regarder, il vit que la pierre qui lui avait ainsi sauvé la vie était celle-là même sur laquelle il avait gravé une croix.
La pierre attendit que toutes les autres reprennent leur place, puis elle rejoignit la sienne, se planta dans son trou obscur au fond duquel étincelait le trésor. Sur son chemin, elle rencontra le mendiant qui s'éloignait, retardé dans sa marche par ses sacs lourdement remplis d 'or.
Lorsqu'il l'entendit derrière lui, il brandit ses herbes magiques mais la croix gravée par Bernez rendait désormais toute magie inutile. Elle continua donc sa route aveuglément et écrasa sous elle le vieux mendiant. Puis elle retrouva sa place, en attendant que s'écoule un autre siècle.
Bernez repartit à la ferme en courant aussi vite que ses jambes purent le porter et, lorsqu'au matin, il montra ses poches remplies d'or, le fermier ne refusa pas de lui donner sa sœur en mariage. Quant à Rozennick, elle dit oui elle aussi car elle l'aurait épousé, de toute manière, s'il avait été en son pouvoir de choisir.

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