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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


lundi 30 novembre 2009

Le petit sapin

Anna enfila ses bottes et sortit d'un pas pesant. "Je ne veux pas aller à l'école demain, se dit-elle, fâchée. Je veux que ce soit de nouveau Noël. Ce n'est pas juste. La fête a passé si vite, et maintenant il faut attendre encore toute une année". Elle tourna les yeux vers le jardin détrempé où tout semblait mort.
Soudain, quelque chose de doré, d'étincelant frappa son regard. Dans un coin du jardin, était couché l'arbre de Noël. on l'avait jeté là le jour de l'Épiphanie ; au sommet brillait encore l'étoile.
" Bien, je vais la prendre pour me déguiser", se dit Anna et elle l'arracha en murmurant : "Pauvre petit sapin si nu et si glacé !" l'arbre gémit doucement. C'est à peine s'il trouva la force de parler.
- Je suis un pauvre arbre dénudé, abandonné et voici que maintenant j'ai perdu aussi mon étoile, comme tout le reste.
- Ne sois pas triste, lui dit gentiment Anna. Souviens-toi comme tu étais joli à Noël, si vert, si étincelant.
- C'est vrai, répondit l'arbre, mélancolique. J'étais beau, n'est ce pas ? Tout illuminé nuit et jour, avec mes lumières scintillantes, mes jouets minuscules, mes friandises multicolores et mes décorations dorées. Les enfants n'avaient d'yeux que pour moi, comme me l'avaient prédit les moineaux.
- Les moineaux, quels moineaux ? demanda Anna, curieuse de connaître l'histoire de l'arbre.
- Les moineaux de la forêt, lorsque j'avais un an. j'étais alors verdoyant et plein de vie mais je ne connaissais pas mon bonheur d'être chez moi, parmi les miens. A Noël, les moineaux avaient jeté un coup d'œil par les carreaux de la ferme voisine.
" Il y a là-bas un arbre merveilleux, pépiaient-ils joyeusement. Il est couvert de guirlandes scintillantes, de menus cadeaux, de mille lumières, et à la cime luit une étoile d'or". De ce jour-là, je n'ai eu qu'un désir : devenir un arbre de Noël. Je brûlais d'impatience de grandir bien vite, et je pas prêté l'oreille aux sages paroles du soleil.
- Le soleil ! Et que te disait le soleil ?
- Il me disait de sa voix chaude : "Tout doux, mon petit ! Tu as le temps, tu es encore bien jeune. réjouis-toi de sentir mes rayons réchauffer tes épines, la pluie embrasser tes rameaux ! Étends tes branches et courbe-toi sous le vent !". Mais ces conseils m'agaçaient. Quel ennui d'être planté là au lieu d'être décoré et adulé comem cet autre sapin !
- J'ai toujours rêvé de pénétrer dans une vraie forêt, dit Anna. Tu ne t'y plaisais pas ?
- Pas du tout, car j'étais le plus petit de tous, même lorsque j'étirais mes branches. Les enfants me montraient du doigt en disant : "Regarde comme il est mignon, ce petit arbre !" et pour aggraver les choses, le lièvre s'amusait à sauter par-dessus ma tête.
- Tu en as de la chance ! moi, je n'ai jamais vu de lièvre !
- Hélas ! Je n'avais alors qu'une idée en tête : devenir aussi grand que les autres. L'année suivante, le bûcheron vint choisir les arbres les plus hauts pour en faire des mâts de navire. "Quelle merveille de parcourir le vaste monde ! " me disais-je. Quand serai-je enfin assez grand pour pouvoir à mon tour découvrir l'univers ?"
- Et tu n'as jamais pu, n'est-ce-pas ? demanda Anna.
- Jamais, soupira le pauvre arbre de sa voix sèche et brisée. Les mois et les saisons passèrent. Je fus tour à tour recouvert par la neige, arrosé par les pluies du printemps, réchauffé par le soleil de l'été ; mais je ne songeais qu'à être admiré. Le petit sapin soupira encore puis reprit avec nostalgie : Une année, vois-tu, la grive m'a choisi pour bâtir son nid. Sans relâche, elle allait et venait parmi mes branches, et j'ai abrité sa couvée.
- Comme tu as eu de la chance ! reprit Anna.
- C'est vrai, mais je ne pensais qu'à Noël et à toutes les merveilles dont m'avaient jadis parlé les moineaux. Je voulais tant que le bûcheron vienne me chercher !
- Et il est venu ? demanda Anna, se serrant tout contre le pauvre petit arbre sec et piquant pour mieux entendre son histoire.
- Il a fini par venir, en effet, avec sa grande hache. A ma vue, il s'écria : "En voilà un beau !". Ma joie était à son comble : enfin, mon rêve se réalisait ! Alors, il fit voler sa cognée et, d'un grand coup, m'abattit. Le choc fut si brutal, le métal était si froid, si tranchant ! En vain, j'étendis mes branches. Je m' écroulai, mutilé, assommé.
Un instant, l'arbre resta silencieux, puis il continua d'un ton plus joyeux :
- Lorsque je repris connaissance, je me trouvais dans un salon chauffé, le pied dans un bac. En s'approchant de moi, ta mère s'exclama : "Quel bel arbre !" et elle se mit à accrocher à mes branches des breloques brillantes qui me chatouillaient, des lumières qui me brûlaient un peu : mais elles étaient si jolies ! Puis, rayonnant de bonheur, tu es entrée, entourée de tes amies. Je me suis redressé, fier d'être tant aimé. Vous avez dansé, chanté, ouvert des cadeaux, arraché de mes branches les friandises Comme je les serrais fort, pourtant !
Anna entoura de ses bras le petit arbre jadis si vert et si fier.
- Alors, tu as passé un heureux Noël, malgré tout.
- Très, très heureux ! Mais tout fut si vite terminé ! Je me sentais si faible, et si triste d'avoir quitté ma forêt...
La voix du petit arbre se perdit dans un souffle.
Soudain, une violente rafale fit frissonner Anna, arracha de sa main l'étoile d 'or et l'emporta. Et lorsque l'enfant posa à nouveau les yeux sur le sapin, il avait perdu toutes ses épines desséchées et jaunies.

***
Image fillette au sapin : Tinnad

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