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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


vendredi 22 mai 2009

Une souris jamais contente


Il était une fois une souris qui n'était jamais contente. C'était pourtant une souris ordinaire, une souris gris souris, avec un petit museau pointu et une petite moustache ; mais rien ne lui plaisait dans la vie.

D'abord, elle n'aimait pas sa couleur. Un jour elle voulait être rousse, et elle rouspétait ; le lendemain elle préférait marron, et elle maronnait. Elle se trouvait petite. On l'appelait mini-souris ; mais elle avait beau se pendre par les pieds, elle ne gagnait pas un mini-mètre ; et ça, elle ne pouvait l'admettre.
Son poil non plus ne lui convenait pas ; elle le trouvait trop ras. Elle ressemblait à ses cousins, les rats, et ça la chagrinait. Elle vivait dans un trou qui était si étroit qu'elle n'avait plus de place quand elle achetait trois grains ; ça la rendait grincheuse. Bref, jour et nuit, notre souris ronchonnait sans répit.
_ Tu n'es pas très gentille, lui disait-on, peut-être es-tu malade ? Ou trop maigre ?
_ C'est vrai, ça, on parle toujours des "bons gros" mais jamais des "bons maigres" ; tu devrais y songer.
Elle y songea. Manger, manger, elle ne pensa plus qu'à se gonfler la panse. Elle s'enferma chez elle avec des provisions et se mit à la tâche :

Menu
Lundi : pâté, patates et pâtes ;
Mardi : pâtes, pâté et patates ;
Mercredi : patates, pâtes et pâté ;
Jeudi : pâté, pâtes et patates ;
Vendredi : pâtes, patates et pâté ;
Samedi : patates, pâté et pâtes ;
et le dimanche... un grand verre d'eau.

Une semaine passa. Sans résultat. Malgré un tel menu, elle restait trop menue. Elle supprima le verre d'eau. Après plus de deux mois de ce régime "bourri bourra", notre souris gloutonne finit pourtant par s'empâter de partout et devint ronde comme un ballon. Même les pattes semblaient parties, cachées par son gros ventre. Il n'y avait plus que les oreilles qui dépassaient, et encore, pas toutes, juste un petit bout. Mais quand elle se trouva coincée dans son trou sans pouvoir en sortir, elle fut à nouveau de très mauvaise humeur. Et elle jeûna le plus vite possible.

À sa première sortie, elle rencontra deux souris voisines. Une blanche, une verte. La blanche travaillait à l'hôpital et elle était très pâle. La verte courait dans l'herbe, mais quelqu'un qui passait par là l'attrapa par la queue, la trempa dans l'huile, dans l'eau, et elle se transforma en un escargot tout chaud. Quel sort pour une souris de finir en escargot ! Notre souris grise aurait pu se dire qu'être couleur muraille, ce n'était pas si mal que ça; mais non, elle ne se le dit même pas.
Le soir, il y avait bal. Pour se faire belle et se grandir un peu, notre mini-souris mit ses souliers vernis avec des talons hauts. Puis elle entra. Musique. Drame, c'était un cha cha cha. Elle voulut s'échapper, mais elle glissa par terre et tomba sur les dents. Crac, plus de dents. Mais c'est triste une souris sans dents, qui ne grignote ni ne sourit. Il lui fallait d'urgence une dent de remplacement. Elle fit alors le voeu que si elle en trouvait une, elle deviendrait une crème de souris et le demeurerait pour le reste de la vie.

Et c'est depuis ce temps-là que les enfants glissent sous leur oreiller leur première dent de lait. C'est pour aider les petites souris à devenir plus sages...


***
Source : Mille ans de Contes
Texte de : Nicolas-Jean Brébon

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