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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


jeudi 5 mars 2009

Les bretelles rouges

En Irlande, on connaît bien les lutins et leur esprit malin ; il y en a tant au pays !
Là-bas, on vous dira que ce sont eux qui confectionnent les souliers des fées et qui fabriquent leurs baguettes magiques. On vous dira aussi que chacun d'eux possède un petit sac d'or caché en un lieu secret. Et on vous dira enfin que si jamais vous rencontrez un lutin, vous ne devez le quitter des yeux à aucun prix, car à peine auriez-vous détourné le regard qu'il aurait déjà disparu !
Pat Fitzpatrick était un petit Irlandais dégourdi. Il savait fort bien tout cela, lui aussi, et il se disait : "Si jamais je rencontre un lutin, moi, je ne le quitterai pas des yeux. Non ! Je le fixerai du regard jusqu'à ce qu'il me donne son joli sac d'or !"
Pat aurait pu être un bon garçon s'il avait aidé sa maman à la maison, mais il n'avait qu'une idée en tête : trouver un lutin ! Du matin au soir, il fouinait dans tous les coins et recoins de la maison et du village, il parcourait les bois et les champs.
Un beau jour, il aperçut, assis sur un champignon, un petit homme pas plus haut qu'une pomme... Pas de doute, c'était un lutin ! Il semblait fort occupé à coudre une paire de chaussures... magiques ! Pat n'hésita pas. Il tendit la main et le saisit.
- Je t'ai eu ! Je t'ai eu ! chantonna-t-il. Maintenant à toi de choisir : la liberté ou ton sac d'or.
- Saperlipopette ! s'écria le lutin. Non mais, a-t-on idée ? S'attaquer à une pauvre petite créature comme moi ! Je suis à moitié mort de peur ! Vilain ! Vois comme je tremble ! Et puis qu'est-ce que c'est que cette histoire d'or ? Je n'en ai pas, moi ! Pas du tout...
Sans détourner le regard un seul instant, Pat resserra alors son poing sur le lutin :
- Tu me prends pour un idiot ! dit-il. Allons, assez de sornettes ; je ne te lâcherai pas si tu ne me dis pas où tu caches ton joli sac d'or !
Le petit bonhomme se contorsionnait et se tortillait tant qu'il pouvait. Il réussit à libérer une de ses mains ; aussitôt, il montra quelque chose du doigt par-dessus l'épaule de Pat.
- Regarde plutôt ! lança-t-il. Là, derrière toi ! Ta vache s'enfuit dans les champs !
Le garçon s'apprêtait à tourner la tête mais il comprit que ce n'était qu'une ruse de lutin !
- Tu trouveras mieux la prochaine fois ! ricana-t-il en secouant son prisonnier. Je ne te quitterai pas des yeux tant que je n'aurai pas ton joli sac d'or !
Alors le lutin fit mine de sangloter :
- Comme tu es cruel ! Oui, tu n'es qu'un cruel et vilain petit homme ! Et tout le monde peut le voir ; tu es là à me parler d'or alors que ta maison est envahie par les flammes et que ta pauvre maman est coincée dedans...
- Quoi ? Que dis-tu ?
Pat ne pouvait abandonner sa mère ; il allait laiser tomber le lutin et courir à son secours... mais il n'en fit rien ! Pour la seconde fois, il venait de démasquer la ruse du lutin ! D'agacement, il se mit à le secouer et le secouer encore ! Le petit homme était vert de frayeur !
- ça va ! ça va ! bredouilla-t-il. Je te dirai où trouver mon joli sac d'or !
- Non ! Tu ne me le diras pas ! Tu me montreras l'endroit exact !
Il ôta ses bretelles rouges et les noua autour du cou du lutin. A présent, il le tenait bien !
La petite créature entraîna Pat jusqu'au sommet de la colline. Là, à perte de vue, s'étendaient des milliers et des milliers de chardons, tous semblables. Le lutin s'arrêta net devant l'un d'eux.
- Puisque tu ne me quittes pas des yeux et que tu ne crois pas mes mensonges, je vais te montrer ce que tu veux : mon joli sac d'or est enterré sous ce chardon-ci. Cependant, je pense qu'il te faudrait une pelle pour le déterrer...
- Ho ! Ho ! Encore une vilaine ruse ! railla Pat en tirant sur les bretelles au point de presque étrangler le lutin. Tu penses bien qu'une fois revenu, je ne retrouverai jamais ce chardon-ci parmi tous les autres ! Mais tu me connais mal...
En disant cela, il détacha les bretelles rouges pour les nouer autour du chardon. Ainsi, il saurait le retrouver ! Son ouvrage accompli, il fourra le lutin dans sa poche... Mais à peine Pat avait-il levé la tête que le lutin se changeait en courant d'air et disparaissait !
Pat n'en avait que faire ! Sans perdre une seconde, il courut à la maison, s'empara d'une grosse pelle et reprit à toutes jambes la route de la colline.
- Ce coquin pensait pouvoir me rouler ! répétait-il en haletant. Et bien, cette fois-ci, c'est moi qui aurai été le plus malin !
Suant et soufflant, il parvint enfin en haut de la colline. Mais une drôle de surprise l'attendait : autour de chaque chardon se balançait une paire de bretelles rouges ; en tout, cela faisait des milliers et des milliers de bretelles rouges ! Il n'y avait pas plus d'espoir de reconnaître le chardon du lutin qu'une goutte d'eau de pluie dans la mer d'Irlande !

Si jamais vous désirez à votre tour vous emparer du trésor d'un lutin, souvenez-vous de l'histoire de Pat Fitzpatrick...

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