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lundi 16 mars 2009

Guillaume Tell


En ce temps-là, au XIIIe siècle, l'Autriche cherchait à dominer les cantons suisses. Elle avait envoyé des gouverneurs, que l'on appelait des baillis. Gessler, le bailli du canton d'Uri, était l'un des plus cruels.
Dans le même canton, dans la petite ville d'Altdorf, vivait un homme appelé Guillaume Tell. Par son courage et son adresse, Guillaume Tell était devenu un héros ; c'était le meilleur marin du lac de Lucerne, le meilleur arbalétrier du canton, et tout le monde l'aimait en Suisse.
Mais il avait un ennemi, Gessler, qui avait peur de lui et le poursuivait de sa haine. Aussi, Guillaume Tell préféra-t-il s'installer dans la montagne avec son petit garçon qu'il aimait plus que tout au monde.
Quand il n'avait plus de provisions, il descendait à Altdorf. Un jour, il vit un poteau dressé sur la place. On y avait placé un chapeau, et tous ceux qui traversait la place saluait le chapeau !
- Que se passe-t-il ? demanda Guillaume Tell à une jeune femme.
- Le bailli nous a ordonné de saluer son chapeau.
Guillaume Tell traversa la place avec son fils, en criant haut et fort :
- Saluer un chapeau, jamais ! Et surtout pas celui de Gessler !
Aussitôt, ils se virent encercler par des soldats qui le menèrent au château du bailli. Gessler, triomphant, les accueillit.
- Guillaume Tell, vous m'avez manqué de respect ! Pour ce crime, je pourrais vous enfermer à vie dans les sombres cachots de Kussnacht.
Guillaume Tell n'avait pas bronché. Il gardait la tête haute et observait calmement le bailli. Gessler enrageait. N'y avait-il donc aucun moyen de vaincre la résistance de cet homme ? Il réfléchit. Une lueur mauvaise brilla dans ses yeux.
- Il paraît que vous êtes le meilleur arbalétrier du canton, dit-il.
- C'est vrai ! s'exclama vivement le fils de Guillaume Tell
- Alors, ce serait dommage de vous laisser au fond d'un cachot. Je vous fais une proposition. Si vous transpercez d'une flèche une pomme placée à deux cents pieds de distance, je vous rends la liberté.
Guillaume ne comprenait pas pourquoi Gessler lui donnait une chance d'échapper à la prison, mais, bien sûr, il accepta.
Tout le monde se rendit dans un champ.
- Attachez donc le garçon à un arbre et posez la pomme sur sa tête ! ordonna le bailli. Ainsi, notre ami Guillaume ne s'amusera pas à viser de travers !
En voyant Guillaume tell devenir blanc comme un linge, il devina qu'il avait touché son point faible. Gessler ricana méchamment. Guillaume tremblait. Et s'il visait mal ? Pouvait-il essayer de gagner sa liberté au risque de tuer son fils bien aimé ? Devait-il supplier qu'on l'envoie en prison ? Mais soudain, une voix rompit le silence.
- Papa ! Tu y arriveras, j'en suis sûr ! Je te promets de ne pas bouger !
Les soldats attachèrent alors le petit garçon au tronc d'arbre et lui posèrent une pomme rouge en équilibre sur la tête. Guillaume se prépara..
Son fils se tenait immobile. Il retenait sa respiration. Brusquement, il entendit un bruit sec, et la pomme coupée en deux tomba à ses pieds. Son père était libre !
Gessler resta muet de surprise et de colère. Et puis une autre flèche tomba de la veste de Guillaume.
- Vous aviez deux flèches ? demanda Gessler.
- Oui. Si j'avais tué mon fils avec la première, j'aurais planté la seconde dans votre coeur de pierre, Gessler !
C'en était trop pour le bailli.
- Traître ! hurla-t-il. Vous méritez la mort ! Qu'on l'emmène au château de Kussnacht et qu'on l'offre en pâture aux bêtes sauvages !
Les soldats ligotèrent Guillaume, le portèrent sur un bateau et hissèrent les voiles. Avant de s'éloigner du rivage, Guillaume cria à son fils :
- Rentre à la maison et attends mon retour !
Tandis que le bateau voguait sur les eaux profondes, le vent se mit à souffler par rafales, soulevant d'énormes vagues sur le lac. Le bateau roulait et tanguait. Les soldats furent pris de panique.
- Un seul homme est capable de manoeuvrer dans la tempête, déclara un marin suisse. C'est Guillaume Tell !
- Il faut le libérer ! crièrent les soldats.
On défit les liens de Guillaume. La pluie tombait avec violence. On voyait à peine les rochers du rivage. Guillaume poussa le gouvernail de toutes ses forces. Mais une vague souleva le bateau, le fit retomber sur un rocher, et la quille se fendit en deux !
Guillaume arracha son arbalète des mains d'un soldat, sauta par-dessus bord, s'agrippa à une branche d'arbre et atterrit d'un bond sur la terre ferme. Au même instant, les vagues engloutirent le bateau.
Gessler qui était resté sur la rive regardait avec horreur la disparition de ses meilleurs soldats. Il ne vit pas Guillaume mettre un genou à terre, bander son arbalète et tirer une flèche qui se planta juste dans sa poitrine.
Alors, Guillaume partit vers la montagne. Là-haut dans leur maison, son fils l'attendait.
Quelques années plus tard, la Suisse se libéra de la domination de l'Autriche et ses habitants retrouvèrent la paix et le bonheur.

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