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mardi 17 février 2009

Le pont des menteurs


Autrefois, on franchissait la Meuse à Tilly, près de Verdun, sur un pont de bois dont la réputation était fâcheuse. En effet, ce pont passait pour s'entr'ouvrir sous les pas des menteurs, tandis que les flots de la Meuse, très profonde à cet endroit, engloutissaient aussitôt les malheureux.
Or, un jour, Jésus et saint Pierre se promenaient à travers la région : ils se rendaient en pèlerinage, de Benoîtevaux à Palameix.
A quelque distance de Récourt, Jésus dit à saint Pierre :
- Oh ! regarde donc ce gros lièvre, là-bas !
- Bah ! répondit saint Pierre, c'est peu de chose. Hier, j'ai aperçu dans la plaine un lièvre qui était bien aussi gros qu'un boeuf de quatre ans.
- C'est extraordinaire, en effet, reprit Jésus. Je n'aurais jamais cru qu'en Lorraine, on trouvât du gibier de cette taille.
Les deux pèlerins s'avançaient toujours, et déjà se dessinait le cours sinueux de la Meuse, tandis que le pont de Tilly apparaissait au loin.
Jésus dit laors à saint Pierre :
- Vois-tu ce pont de bois sur lequel nous devrons passer ? Dessous, il y a un abîme, où se noient infailliblement tous les menteurs qui osent tenter le passage.
En apprenant ce détail, saint Pierre pâlit ; il se gratta derrière l'oreille et baissa la tête.
Les voyageurs se rapprochaient du pont. Alors, saint Pierre saisit Jésus à la manche et lui dit :
- Maître, il ne faut pas m'en vouloir si j'ai un peu exagéré tout à l'heure. Le lièvre dont je vous parlais... et bien ! pour être plus exact, je dois reconnaître qu'il avait à peine la grosseur d'un veau.
Jésus ne répondit rien, mais semblait presser le pas. Saint Pierre de plus en plus pâle, suivait son maître à quelqu s pas et ralentissait au contraire son allure.
Alors Jésus, le voyant attardé, se retourna et lui demanda :
- Eh bien, mon ami, tu te sens fatigué ?
- Non, Maître, reprit saint Pierre. Mais, c'est toujours la taille de ce fameux lièvre qui me préoccupe. Vous savez que je sui svieux et que je n'ai plus de bons yeux. C'est pourquoi, plus je réfléchis, plus je crois que mon lièvre avait simplement la taille d'un ânon.
- C'est déjà fort admirable pour un lièvre, dit Jésus. Je crois bien que les chasseurs de Lorraine sont gâtés.
Jésus, sans le moindre égard pour son compagnon, pressait le pas. Saint Pierre, de plus en plus distancé, fixait d'un oeil inquiet la Meuse, dont les eaux boueuses, grossies par une crue récente, tourbillonnaient avec un bruit sourd. Le pont était maintenant tout près, frêle construction de bois jetée au-dessus de l'abîme. Saint Pierre ne put plus contenir la frayeur qui le gagnait.
Alors, au moment où Jésus mettait le pied sur le pont fatal, saint Pierre se jeta à ses genoux.
- Maître, s'écria-t-il, je suis un misérable ! Je vous ai déjà renié trois fois ! Et maintenant, je viens de vous mentir trois fois : mon lièvre était à peine aussi gros qu'un levraut !
- Relève-toi, dit alors Jésus d'un ton paternel, et ne pèche plus.
Et il se mit à rire de la mine déconfite de son apôtre. Saint Pierre, se sentant pardonné, rit à son tour de bon coeur.
Et ensemble, les deux pèlerins franchirent le pont de Tilly sans encombre.

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Conte lorrain

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Photo : Aby


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