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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


mardi 10 février 2009

La boite de Pandore

En ce temps-là, il y a très, très longtemps, il n'y avait ni malheur ni maladie ni colère dans le monde. Chacun vivait sans connaître la douleur ni la vieillesse. Et comme personne n'enviait son voisin, il n'y avait ni combats ni guerres ni meutres. En ce temps-là, il y avait assez de tout pour chacun, et la cupidité n'existait pas.
Les maris et les femmes ne se disputaient jamais. Et Pandore et Epiméthée étaient heureux ensemble ; dansant, festoyant, jouant et dormant au soleil d'un printemps perpétuel.
Les envieux auraient pu dire que Pandore était trop gâtée. Mais il n'existait pas une seule personne envieuse pour le dire, et Epiméthée aimait la couvrir de cadeaux. Chaque jour, il lui apportait une nouvelle robe ou des sandales, ou des bijoux, ou une statue pour leur jardin. Sa quête de présents pour elle l'entraînait chaque jour de plus en plus loin de la maison. Et Pandore restait seule des journées entières.
Un jour, Epiméthée revint à la maison avec un objet large et carré enroulé dans un tissu. C'était une vieille boîte poussièreuse, fermée par un cadenas et entourée d'un lien d'or.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda joyeusement Pandore en dansant autour de la boîte. Un cadeau pour moi, bien sûr !
- Non, Pandore, ce n'est pas un cadeau, répondit fermement son époux. Cette boîte m'a été remise pour toi par le dieu Mercure, pour que tu la gardes soigneusement. Tu dois promettre de ne jamais l'ouvrir, quoi qu'il arrive. Car si tu l'ouvres, tu le regretteras toujours.
- Oh ! Je t'en prie, laisse-moi y jeter un coup d'oeil !
- Non, Pandore ! Cette boîte n'est pas à nous. Nous devons respecter les souhaits de Mercure. N'y pense plus !
Mais le lendemain, quand Emithée fut sorti, Pandore se mit à penser de plus en plus à cette boîte. Ses pas la ramenèrent vers la boîte encore et encore ; elle caressa du doigt le cadenas et le lien d'or.
"Je me demande ce qu'il y a dedans, se disait-elle. Je crois qu'Epithémée s'est moqué de moi en me parlant de Mercure. C'est sûrement un cadeau pour moi. En plus, c'est lui qui a fait la promesse, pas moi. Il n'y a sûrement rien de mal à y jeter un petit coup d'oeil."
Ses doigts commencèrent à délier le noeud du lien d'or, mais elle s'arrêta juste à temps.
Elle s'occupa à de nombreuses petites besognes dans la maison. Mais l'après-midi, elle perdit patience, revint vers la boîte, défit le lien d'or, ouvrit le cadenas...
Aussitôt un léger bruissement se fit entendre dans la boîte, comme les ailes d'un papillon voltigeant contre une fenêtre fermée.
"Oh ! Cela doit être un gentil petit animal ! Je ne vais pas le laisser enfermé !"
Et Pandore ouvrit le couvercle.
Mais à l'intérieur, il n'y avait qu'une jarre, scellée de cire et couverte de poussière. Des sons en sortaient, des sons de plus en plus forts...
" Si j'ouvre la jarre, pensa Pandore, Epiméthée saura que j'ai jeté un coup d'oeil à l'intérieur".
Elle referma donc la boîte et de nouveau tenta de l'oublier.
Mais il lui tardait trop de savoir ce qu'il y avait à l'intérieur ! Elle alla la voir plusieurs fois de suite. Et puis, comme dans un rêve, elle se retrouva devant la boîte ouverte, essuyant la poussière de cette mystérieuse jarre.
" Pandore, Pandore ! S'il te plaît, laisse-nous sortir ! " pleurnicha un choeur de petites voix à l'intérieur de la jarre.
Pandore brûlait de curiosité. Elle se modit les lèvres.
" Mais je ne dois pas ! Il ne faut pas ! Mon mari m'a dit...
- Epiméthée n'en saura rien. S'il te plaît, s'il te plaît, fais-nous sortir ! Le monde n'est pas complet sans nous !"
Pandore ne pouvait plus résister à la tentation. Elle brisa vivement la cire.
Le bouchon sauta, poussé hors du col de la jarre par un horrible frelon noir. Son dard luisait de venin, son bourdonnement signifiait le mot Mort.
Un autre insecte aux ailes épaisses le suivit, les yeux fixes, murmurant le mot Peur. Puis une punaise, couverte de cloques rampa hors de la jarre ; sa traînée de bave écrivit le mot Maladie sur le sol.
Un moustique couleur de glace sortit de la jarre, vola dehors et flétrit le jardin. Partout où il se posait, des épines, des mauvaises herbes, des taches noires et des chenilles remplaçaient les fleurs. Son gémissement semblait dire Faim.
Pandore, affolée, essayait en vain de replacer le bouchon, mais un hanneton surgit de la jarre et la piqua en criant :
"Trop tard pour nous arrêter maintenant, femme insensée. Nous sommes tous les malheurs que le monde n'avait jamais connus, un présent des dieux qui enviaient votre bonheur. Moi, je suis la Vieillesse !"
Le bouchon dans la main de Pandore lui parut soudain trop lourd. Elle vit sur son bras les taches sombres de l'âge. Dans le miroir de bronze, elle aperçut un visage ridé, des cheveux gris.
Le vent glacé de l'Hiver s'échappa de la jarre et souffla sur elle jusqu'à ce qu'elle frissonne de froid.
Dans un effort désepéré, Pandore remit le bouchon à sa place et ferma vivement le couvercle de la boîte, mais l'Ennui, la Colère et la Jalousie l'avaient devancée. Comme un essaim piquant et mordant, ils volèrent dehors, descendirent le chemin et se posèrent sur la tête d'Epiméthée qui revenait à la maison. Il traîna sa femme par le spieds et la battit furieusement.
"Vilaine femme ! Désobéissante, stupide, égoïste, hurlait-il dans sa colère. Je t'avais bien dit de ne pas ouvrir cette boîte. Pourquoi ne fais-tu jamais ce qu'on te dit ?"
Et Pandore qui n'avait jamais connu, ni même imaginé une telle méchanceté, sentit les larmes jaillir de ses yeux pour la première fois.
Le Malheur aussi, s'était échappé de la boîte...
De l'extérieur venait l'écho de combats, de cris de terreur. Le monde merveilleux semblait être devenu laid, horrible et méchant.
Alors, Pandore entendit de nouveau une minuscule voix venant de l'intérieur de la jarre :
"Pandore, Pandore ! Ne me laisse pas ici tout seul. Le monde a besoin de moi. Le monde n'est pas complet sans moi"
- Tu ne me tromperas plus ! sanglota Pandore, en se jetant sur le couvercle de la boîte.
- Mais je peux t'aider. Fais-moi sortir. Oh ! je t'en prie, laisse-moi sortir !"
Cette voix semblait presque aussi malheureuse que Pandore elle-même. A la fin, Pandore demanda à Epiméthée de s'écarter et ouvrit vivement le couvercle de la boîte. De nouveau, elle retira la bouchon de la jarre.
Aussitôt en sortit un minuscule papillon blanc. A sa simple vue, Pandore trouva un peu de réconfort. Puis il se posa sur son visage, et son coeur se mit à battre plus doucement...
" Et toi, quelle sorte de malheur es-tu ? lui demanda-t-elle.
- Je suis l'Espoir !" vrombit la petite créature ailée avant de s'envoler loin dehors, livrer bataille à tous les horribles démons. Elle apporta la promesse du printemps au jardin glacé et sécha les larmes. En passant, elle donna aussi un coup d'aile sur la joue d'Epiméthée.
Pandore demanda à son mari :
"Est-ce que le monde me la pardonnera jamais ?"
Epiméthée la regarda et, avec un tout petit sourire, lui répondit doucement :
"Je l'espère".
***

2 commentaires:

  1. Merci de me rappeler cette jolie histoire. Peut-être qu'un jour, fatigués d'avoir troublé le monde, réintégreront-ils leur boîte ? Qui sait ?

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  2. C'est la formule magique qu'il nous faut vite retrouver !! J'avais cru l'avoir mise quelque part, mais Pandore a du la libérer, elle aussi, quelque part dans ce vaste monde...

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