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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


mercredi 18 février 2009

Je ne veux pas mûrir !


Jusqu'à présent, Marie-cerise était bien tranquille, dans son arbre de ville.
- La vie est belle, se disait-elle, je n'ai pas d'autre souci que de grossir, mûrir, grandir.
Et c'est ce qu'elle faisait, elle grossissait, rougissait, grandissait en goût et en saveur. Cela ne l'empêchait pas d'avoir peur de temps en temps, d'un gros nuage menaçant et de la pluie qui suivait, d'un vol de bourdons ou des cris des enfants. Mais rien de bien méchant.
Jusqu'au jour où un gros oiseau se posa sur sa branche, sans lui demander la permission. C'était le merle Bach, un merle musicien. Il siffla doucement en regardant partout :
- Il ne faut pas qu'on me voie. Car je suis le merle blanc. Les autres sont jaloux, s'ils savent que je suis là, ils vont jaser et on me retrouvera.
Le merle sembla la voir enfin et siffla
- Mademoiselle ! Mais que vous êtes jolie, que vous me semblez belle !
Marie-cerise sourit,
- Moi qui ne voulais pas me faire remarquer, c'est réussi !
C'est comme si elle avait mûri d'un coup. Le merle continua
- Sans mentir si votre saveur se rapporte à votre couleur, vous êtes la reine de ce cerisier-là.
Il lui dit qu'il avait bien envie de la croquer et lui demanda son avis. Car en tant que merle blanc, il était très poli, pas comme ces voyous de merles gris.
-Comment pourrais-je être d'accord ? lui dit Marie-Cerise, tu signes là mon arrêt de mort.
Il lui expliqua gentiment le destin qui l'attendait.
- Tu as très peu de chances d'être la cerise sur le gâteau, celle à qui tout le monde crie bravo. Tu seras plutôt, avec ta soeur jumelle, jolie boucle d'oreille avant d'être croquée par une fillette. Il ne restera de vous deux que la queue pour faire de la tisane, et deux vulgaires noyaux au bord de son assiette. Elle jouera avec eux à "blond blanc brun chauve roux" pour connaitre la couleur des cheveux de ses futurs enfants qui, à leur tour, mangeront les tiens. Ainsi va la vie. Mais le pire, le pire... c'est de ne servir à rien et de pourrir. Ce serait pour toi le plus terrible des destins.
- La vie est cruelle, se dit-elle. Finalement, mûrir, c'est mourir un peu. Je ne veux pas mûrir !Mais le merle blanc était décidemment très poli, très aimable. Il siffla, jasa, chanta tout le jour, discrètement, car il devait rester introuvable et finit par arriver à ses fins, puisque Marie-Cerise accepta son destin. Et le merle blanc la picora gaiement.

***
Photo de Pierre Vernay
Blog :
Oiseau des bois, des jardins et des marais


2 commentaires:

  1. J'adore ce petit texte. C'est certain que la sélection est dure pour devenir la cerise sur le gâteau !

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  2. Oui... mais quel régal avec les autres cerises aussi !

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