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mardi 20 janvier 2009

Le piano voyageur

Tant de choses étaient entassées dans la boutique de monsieur Louis, le brocanteur, qu'il ne savait même plus ce qu'il avait : des tables avec de drôles de pieds, des chaises aux dossiers branlants, des lits à ressorts cassés, et toutes sortes de trucs inutilisables... Et, malheureusement, il n'avait pas beaucoup de clients.
- Quel fouillis ! grognait souvent madame Louis. Pourquoi ne te débarrasses-tu pas de certaines choses ?
- Oui, oui, d'accord ma chérie, c'est ce que je vais faire ! répondait toujours monsieur Louis. Mais il n'en faisait rien car il aimait bien son bric-à-brac.
Dans un recoin obscur et poussiéreux, derrière la porte de la boutique, était caché un vieux piano. Il avait appartenu autrefois à un pianiste célèbre, et son nom était inscrit dessus en belles lettres d'or : " Bémolstein". Mais au fil du temps, les lettres s'étaient effacées et seul le début, "Bémol", était encore bien lisible.
Maintenant, il n'y avait plus personne pour jouer sur Bémol sauf Souris-Moustache-Grise qui courait la nuit sur les notes. Il n'y avait personne non plus pour écouter la musique de Bémol sauf Jumbo, l'éléphant de bois peint en blanc qui n'avait plus qu'une défense et se tenait près du piano. Il aimait écouter les sons que faisait Bémol lorsque la souris courait sur le clavier.
- Quelle merveilleuse musique, disait Jumbo. S'il te plaît Bémol, joue encore !
Un jour, madame Louis fit de nouveaux reproches à monsieur Louis.
- Il est temps de se débarraser de toutes ces vieilleries. Ce vieux piano devrait être débité pour faire du bois de chauffage. Quant à ce vieil éléphant, mais regarde-le, il n'a qu'une défense !
- Tu as raison, ma chérie, soupira monsieur Louis. de nos jours, hélas ! toutes ces vieilles choses n'intéressent plus personne. Je m'en occuperai demain.
Cette nuit-là, quand les pâles rayons de lune éclairèrent la boutique de monsieur Louis, Souris-Moustache-Grise sortit comme d'habitude pour courir sur le clavier de Bémol. Mais celui-ci joua un air bien triste.
- Qu'est-ce qui ne va pas, Bémol ? demanda la souris.
- Vous avez entendu ce qu'a dit monsieur Louis ? gémit le piano. Demain, on fera de moi du bois de chauffage !
- Pourquoi ne te sauves-tu pas ?
- Mais comment ? s'écria Bémol, j'ai bien des pieds, mais je ne peux pas les bouger !
- Ah ! Si je pouvais t'aider, soupira Jumbo. Les vrais éléphants sont si forts... Si seulement je pouvais bouger !
Une drôle de lune bleue s'était levée dans le ciel et l'éléphant blanc étincelait. Soudain, dans ce clair de lune magique, quelque chose d'extraordinaire arriva...
- Attention ! Regarde Jumbo ! Il bouge ! Je susi sûre qu'il avance ! couina Souris-Moustache-Grise surexcitée.
- Oui, trompetta Jumbo, mais je dois faire vite. Ce genre de magie arrive très rarement, les jours de lune bleue, et ça ne dure jamais longtemps...
Le piano tiré par Jumbo, commença à avancer doucement d'abord, puis plus vite et de plus en plus vite. Il passa la porte, buta dans le caniveau et tomba avec un fracas énorme au milieu de la rue.
- Oh non ! gémit Bémol. Vite, Jumlbo, laisse-moi ! Et toi, profites-en au moins pour t'échapper !
Mais à l'instant même, la drôle de lune bleue disparut derrière un nuage.
- Oh mon dieu ! dit Jumbo. Je savais bien que cela ne durerait pas. Je ne peux plus bouger du tout maintenant.
Des lumières s'allumèrent dans les boutiques et les maisons du quartier. Réveillés par ce vacarme, les gens se précipitèrent dans la rue. Monsieur Louis sortit pour voir ce qui se passait.
- Comment le piano est-il arrivé ici ? dit-il en bâillant. Et cet éléphant ?
Avec l'aide d'un voisin, monsieur Louis remporta le piano ainsi que l'éléphant dans la boutique. Puis, encore stupéfait, il alla se recoucher.
Le lendemain matin, la nouvelle des étranges événements de la nuit se répandit dans la ville. Un voisin dit à un autre qu'un voleur avait dû entrer chez monsieur Louis. Quelqu'un qui passait par-là suggéra qu'il y avait peut-être des objets de valeur au milieu de tout ce bric-à-brac.
Lorsqu'on en parla à madame Louis, elle dit :
- Oh oui, naturellement ! Mon mari possède des tas d'objets anciens.
Alors, les gens commencèrent à venir dans la boutique, d'abord un par un, puis deux par deux... Ils n'avaient plus qu'une envie : faire comme leur voisin et acheter eux aussi une antiquité chez monsieur Louis.
Très vite, il n'y eut presque plus rien à acheter. Mais il semblait que personne ne désirait le vieux piano ni l'éléphant.
Un soir, à l'heure du dîner, monsieur Louis allait jsute fermer sa boutique quand un jeune homme frappa à la porte.
- Que puis-je pour vous ? lui demanda monsieur Louis en reconnaissant un jeune étudiant en musique qui habitait une toute petite chambre, en bas de la rue.
- On m'a dit que vosu aviez un piano à vendre. Est-ce que je peux le voir ?
- Si vous prenez l'éléphant avec, mon mari vous fera certainement un prix ! se hâta de dire madame Louis.
Le jeune homme hésita. Il n'était pas sûr d'avoir assez de place dans sa toute petite chambre pour un éléphant en plus du piano.
Il fit courir ses doigts sur le clavier.
- Quel beau son, dit-il. Puis il ajouta en regardant l'éléphant. Très bien, si l'éléphant va avec le piano, je prends les deux.
Jumbo était très heureux... Et Bémol encore plus !
Dans le piano, Souris-Moustache-Grise sauta de joie car elle était bien décidée à partir avec ses amis.
- Bravo, dit monsieur Louis. Ce piano a appartenu à un très grand pianiste. Je suis sûr qu'il vous rendra célèbre aussi !
Et en effet, le jeune homme devint très célèbre !

2 commentaires:

  1. Je me suis régalé avec ce petit conte. merci.

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  2. Et moi, je m'y suis replongée avec délice ! Merci à toi Pierre-Louis !

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