lundi 9 novembre 2009

Le poirier magique


C’était le plus bel étalage de fruits du marché. D'énormes pyramides de pommes, de poires, d'abricots, de coings, rutilaient et embaumaient au soleil. Les prix étaient à la hauteur de cette superbe denrée, pour le plus grand profit du gros commerçant qui officiait mielleusement derrière sa balance quelque peu trafiquée, comme le voulait la mode des marchands de ce temps-là. Un mendiant en haillons, coiffé d'un vieux bonnet de taoïste, tout élimé, s'arrêta devant ce spectacle appétissant. Il quémanda une poire.

- Pas question ! répondit le commerçant, des mendigots de ton espèce, il en traîne par dizaines. Si je donne à l'un, les autres vont rappliquer comme un essaim de mouches et je n'aurai plus qu'à fermer boutique!

- Même un fruit abîmé, supplia le vagabond, je n'ai rien mangé depuis des jours.

Le marchand sortit de derrière son comptoir et s'écria :

- Déguerpis avant que je perde patience !

Mais un garde débonnaire, en faction sur la place, s'interposa. Il acheta une poire et l'offrit au malheureux. Celui-ci esquissa un large sourire et dit, en lui faisant signe de le suivre :

- Venez, pour vous remercier, je vais moi aussi vous offrir des poires. À vous et à tout votre régiment !

- Mais que racontes-tu vieux fou ? Comment pourrais-tu en acheter ?

- Pas besoin de les payer. Je les cueillerai sur un arbre !

- Mais où est-il ton arbre ?

- Là-dedans !

Le mendiant montra le fruit qu'il tenait à la main, mordit dedans et en retira un pépin.

- Le voilà, il ne reste plus qu'à le faire pousser. Allez me chercher une pelle et un peu d'eau chaude, et vous verrez, il portera des fruits avant le coucher du soleil !

Le garde héla quelques camarades qui passaient par là, fit répéter ses propos à cet idiot de village. Dans l'hilarité générale, on promit au mendiant de lui procurer ce qu'il réclamait. Un garde revint peu après avec une pelle, un autre avec une bouilloire, et toute une foule de badauds suivit le fou pour voir quelles sornettes il allait encore débiter !

Le vagabond s'arrêta au milieu de la place, creusa un trou, y planta le pépin et l'arrosa avec l'eau bouillante.

Aussitôt, devant l'assemblée bouche bée, une pousse sortit de terre et se mit à grandir à vue d'œil ! Un tronc se forma, se ramifia, les branches se couvrirent de feuilles et de fleurs. Celles-ci s'ouvrirent et des dizaines de poires poussèrent, confièrent, aussi radieuses et parfumées que celles de l'étalage de cet avare de marchand. Ce dernier s'était d'ailleurs mêlé à la foule, jouant des coudes lui aussi, dans l'espoir de profiter de la distribution générale que le mendiant avait entreprise après avoir cueilli les poires de son arbre. Il n'y a pas de petits profits ! D'ailleurs, notre commerçant regrettait de ne pas s'être mis bien d'emblée avec cet étrange vagabond qui avait plus d'un tour dans son sac de magicien. Il aurait dû mieux considérer son bonnet de taoïste tout défraîchi ! Il pensa qu'il n'était d'ailleurs peut-être pas trop tard pour l'inviter à sa table et lui soutirer un secret si juteux. Mais le mendiant, après avoir distribué tous les fruits, réclama une hache. On lui en porta une et on attendit, suspendu à ses gestes, ce qu'il allait en faire. Il coupa le poirier à la base, et, d'un pas tranquille, quitta la place, traînant l'arbre derrière lui. Il franchit la porte de l'Ouest et disparut sur la grand-route dans un nuage de poussière qui effaçait la trace de ses pas.

Le gros commerçant ne tenta pas de le rattraper. Il retourna les mains vides jusqu'à sa boutique, n'ayant rien eu de la distribution générale. Il trouva alors son commis en larmes qui lui expliqua que la pyramide de poires avait mystérieusement disparu de l'étalage. Voilà d'où venaient les fruits savoureux et substantiels que ce maudit taoïste avait si généreusement distribués !

Tout le reste était illusion. Et le grippe-sou en attrapa une jaunisse.

***

Conte chinois

Pascal Foliot.- Éditions du Seuil

Collection dirigée par Henri Cougaud.


mercredi 4 novembre 2009

A la recherche du sommeil perdu


Madame Marmotte était en train de faire ce qu'elle avait de mieux à faire en plein hiver : elle dormait.
Elle ne faisait pas que ça, elle rêvait aussi. De quoi ? Elle rêvait qu'elle dormait. Qu'elle était en train de s'enfoncer dans un bon matelas. Et que rien ne pourrait la sortir de là. Et pourtant...
Le bon matelas se contorsionna, se souleva, se tordit, et l'éjecta de son lit.
- C'est donc ça, se réveiller en sursaut ? se dit la marmotte. Cela ne m'était jamais arrivé. Quelque chose de très grave a dû se passer, pour que je me réveille ainsi. C'est mon instinct de mère, je le sens, qui m'a tirée du lit.
Quelque chose de grave, en effet : un de ses enfants aussi était réveillé. Ce qui n'était, non plus, jamais arrivé. Charlotte, sa fille, était même en train de mettre sa chambre sens dessus dessous, elle semblait chercher quelque chose partout.
- Que cherchez-tu ?
- Je cherche le Sommeil, dit Charlotte, l'air catastrophé, je l'i perdu.
- Ciel, dit madame Marmotte en tordant de désespoir sa chemise de nuit, il faut absolument la retrouver. Quel déshonneur pour notre famille, tu as perdu le trésor que nous nous transmettons de mère en fille, ce que nous avons de plus cher, ce qui fait notre renommée, et de plus, en plein hiver !
Toute la marmaille est bientôt réveillée. Toute la maison est bientôt retournée, de la cave au grenier. Le papa, en pyjama, tout ébouriffé, a eu bien du mal à sortir de son coma. Au début, il était complétement ralenti, et incapable de gronder sa fille. Mais maintenant, il est très agité. Il vaut mieux l'éviter. Charlotte va se cacher, dans un petit coin noir, sous l'escalier. Et là, miracle, elle tombe nez à nez avec... le Sommeil !
Qui lui murmure à l'oreille :
- Relax, Charlotte, calme-toi, cette bande d'agités ne risque pas de nous trouver.
- Mais où étais-tu passé ?
- je me reposais, dit le Sommeil, dans ce petit coin noir sous l''escalier. Et puis, je l'avoue, je suis farceur, j'aime bien me cacher !
- Charlotte a disparu ! s'écrient en chœur ses frères et sœurs.
Et toute la famille abandonne à contrecœur la recherche du Sommeil pour trouver la petite fille. Ils ne tardent pas à la trouver, lovée dans son petit coin, les yeux fermés. Et la famille Marmotte, enfin, épuisée, s'endort en tas sous l'escalier.
Du même coup, elle a retrouvé le sommeil, et son honneur, pour tout l'hiver.

mardi 27 octobre 2009

Joyeuse Halloween !


Entrez ! Entrez !
Vous êtes bien arrivés dans le monde d'Halloween...



Enfin... entrez si vous l'osez !

Vous y trouverez de quoi vous déguiser




Et vous pourrez commencer à faire peur à vos ami/es
sans oublier de quoi déguster une bonne tarte au potiron !


et participer au jeu des pommes...


enfin, partez à la quête des friandises...



mais soyez prudents :
restez ensemble et si possible,
demandez qu'un parent
ou un grand frère ou une grande sœur
vous accompagne !!

et puis :


JOYEUSE HALLOWEEN

La fée Boulette et les six citrouilles


Vous pensez qu'une fée est forcément grande, et belle, et élégante ? Pas Boulette. Elle ne fait rien comme les autres fées. D'abord elle est petite et rondelette. Ensuite elle est terriblement distraite. Mais elle est travailleuse. Il faut le reconnaître. Elle n'hésite pas à faire des heures supplémentaires pour pouvoir partir aux sports d'hiver. C'est son rêve. La reine des fées lui a demandé de nettoyer ses six carrosses. Ils doivent briller pour la Fête d'Automne et son grand défilé. Vous pensez que la reine exagère, qu'elle est un peu sévère ? Il ne faut pas oublier qu'une fée marche à la baguette. Son travail est toujours vite fait mais bien fait. Enfin, sauf quand elle se trompe de baguette. Or, comme je vous le disais, la fée Boulette est distraite. Et à force d'entendre fais ci, fais ça, elle a fini par s'emmêler les baguettes : au lieu de les astiquer, elle a transformé ses six carrosses en six citrouilles !

- Qu'est-ce que ce travail ! s'écrie la reine des fées, ce n'est ni fait ni à faire, tu n'es ni une fée, ni une sorcière. Je vais t'expédier aux sports d'hiver… sur un balai, comme une véritable sorcière.

Sa baguette elle-même s'est transformée en baguette… de pain ! C'est la honte suprême. Pauvre Boulette, elle en sait plus où se mettre, elle se roule encore plus en boule et pleure dans son coin.

- Je suis une fée ratée, dit-elle.

- Coin coin, dit le renard préféré de la reine, point du tout, ce que tu ne sais pas, puisque tu n'as pas connu tes parents, c'est que c'est vrai : en réalité, tu es mi-fée, mi-sorcière, ou plutôt ni vraiment fée ni vraiment sorcière, et aujourd'hui, c'est le jour ou jamais de choisir ton camp.

Mais rien à faire, la fée Boulette pleure toute la journée, jusqu'à ce que la nuit se mette à tomber. Alors, à la lueur de la lune, les six citrouilles se mettent à bouger, puis à rouler, jusqu'à la pauvre Boulette, qui a fini par trouver le sommeil, et lui chuchotent quelque chose à l'oreille. Boulette se réveille et pousse un grand cri, terrorisée, les citrouilles sont allumées et lui font un sourire édenté.

- Tiens, cadeau !

Et elles lui tendent un beau balai de sorcière tout neuf. Boulette l'enfourche est e trouve aussitôt transportée dans un pays enneigé, encore plus beau que ce qu'elle avait imaginé !



lundi 26 octobre 2009

La sorcière de la cité U

Il était une fois...
Non mais, ça ne va pas !
Tous les contes commencent comme ça !
De nos jours les enfants habitent de grandes tours, alors il ne faut pas trop leur raconter des histoires !

Moi Sylvain, j'ai onze ans et je vais vous raconter une vraie histoire, bien de notre époque et qui fera frémir les plus grands.
Ça fait des années que je traîne dans ma cité et je peux vous assurer qu'il s'y passe des choses pas très nettes ! On entend des hurlements au second et c'est pas la télé vu que je la regarde.
Avec mes copains on a monté une association. Elle a pour but qu'aucun môme de la cité ne se balade seul après vingt heures, ça évite les disparitions plutôt suspectes, comme celles de plusieurs de nos camarades !
Tout a commencé lorsque petit Louis, qui vit en face de chez Hermine, nous a raconté que des enfants rentraient chez elle, mais n'en sortaient jamais. De plus, Aziz, l'épicier d'en bas, lui a dit que la vieille n'achetait jamais de viande.
De deux choses l'une, soit petit Louis est le plus gros menteur que compte la planète, soit la vieille est une sorcière, engraisse les enfants et les mange en dinde à Noël. Moi du coup j'ai attrapé une allergie à la dinde ; pas la peine de vous expliquer en détail...

Alors, par précaution, mes copains et moi on a instauré une sorte de garde à tour de rôle et tel Fifi, Riri et Loulou des castors juniors, on est les justiciers de la cité. Car la vieille il faudra bien qu'elle paye pour toutes les dindes qu'elle a croquées. Toutes, sauf une, Hervé, vu que là n'importe qui aurait pu confondre (à la fin on a appris qu'Hervé est parti à la Rochelle avec ses parents).
Je quitte l'école à 16h30, de là je rentre chez moi et je fais mes devoirs. Ensuite, commence la série des coups de fil afin de décider pour la suite. Notre lieu de réunion se situe chez petit Louis, c'est plus pratique. D'abord sa mère n'est jamais là, ensuite ses placards de cuisine sont remplis de gateaux, bonbons, et autres astuces. Surtout c'est en face du repaire du vieux crapaud. Vous savez, Hermine, la sorcière mangeuse de dinde. Sauf que là les dindes sont des enfants et aussi nos amis, alors, surveillance rapprochée. Et ce soir justement, je suis de garde... CHUT...
- Baptiste, ici Sylvain tu me reçois ?
- Cinq sur cinq, et toi ?
On est tous muni de walkie-talkies offerts à l'anniversaire de petit Louis ! Achat obligatoire vu les nombreux va et vient de la vieille.
En effet, celle-ci a des coutumes anciennes : Faire les courses tous les jours pour ne manquer de rien. Comme si un épicier arabe pouvait du jour au lendemain fermer boutique à 18 heures ! Absurde !

Ce soir, Romain, est posté dans l'escalier de la vieille, au 1er étage, au cas ou il prendrait l'envie à Hermine de grimper quatre à quatre ses deux étages (alors qu'elle peut à peine marcher avec sa canne). Enfin, on ne sait jamais avec une sorcière....
Baptiste se trouve dans l'entrée de l'immeuble pour nous prévenir de son retour des "coursinettes". Étant bien plus courageux que Romain, il est donc chargé de nous prévenir dès qu'elle débarque avec ses petits paniers.
Il emprunte alors les escaliers et prévient Romain, qui nous prévient à son tour. Bref une machine bien huilée qui ne pouvait connaître aucune défaillance. Enfin, à priori...
- Elle arrive ! hurla Baptiste. Celui-ci s'enfuit à toutes jambes, laissant la mémé se débrouiller avec son caddie. Après tout, elle n'avait qu'à transformer son caddie en prince charmant ; il serait sans doute ravi de lui filer un coup de main !
Quant à Baptiste, il n'avait aucune envie de se voir transformer en dinde.
Quand Romain le vit passer en courant il eut juste le temps de lui demander, comme il faisait chaque soir :
- Tu es sûr que l'ascenseur n'est pas en panne ?
A cette question posée mille fois, Baptiste répondait toujours par un :
- Mais non froussard.
Le problème c'est que ça faisait longtemps qu'il ne s'occupait plus de regarder l'ascenseur.
Lorsqu'il arriva chez petit Louis, pour plus de sûreté, je lui demandai :
- T'as vérifié si l'ascenseur avait été réparé ?
Baptiste devînt blême, ce qui, pour le sénégalais qu'il était, n'était pas très courant.
- Comment ça ? dit-il d'une voix tremblante, l'ascenseur était en panne ?
- Zut, il faut prévenir Romain d'urgence ! l'Hermine va s'engouffrer dans l'escalier. SOS SOS, SOS SOS répondez !
- Mais t'es bête ou quoi, vociféra petit Louis, il va rien comprendre ! Romain t'es en grand danger ! Je répète : petit Louis parle à futur dinde, sauve toi et vite !
Romain était pétrifié. Il ne comprenait rien, mais son instinct de scout lui prédisait un mauvais quart d'heure. Il se mit tout à coup à développer un esprit religieux tout azimut :
- Ave Maria, Madonne de tous les pêcheurs, murmura t-il , Que ton nom soit gratifié, je ne volerai plus de caramel mou chez Aziz, même que j'irai à confesse au prochain camp scout !

Mais il était trop tard, Hermine la sorcière, gravissait les dernières marches qui la séparaient de lui. A ce moment là, Romain donna un grand coup de pied dans le panier à provisions. Tout ce qu'il contenait se déversa par terre et Romain en profita pour s'enfuir.
Lorsqu'il parvint chez petit Louis, il fut accueilli en héros, ce qui était loin de lui arriver tous les jours. Une heure plus tard, nous décidions tous de rentrer chez nous et de remettre le bla-bla au lendemain.
Le lendemain, dans la cour d'école, les garçons étaient tous excités par l'aventure survenue dans l'escalier. Seul Baptiste restait dans son coin, un peu honteux d'avoir fait courir un tel risque à son ami (en ne vérifiant pas le bon état de l'ascenseur). Il se promettait pourtant de se faire pardonner et le plus tôt serait le mieux.

Le soir en rentrant chez lui, il oublia d'embrasser sa mère et alla directement dans sa chambre, sans même passer par la case gouter. Sa mère inquiète lui demanda :
- Baptiste, mon chéri, tu es malade ?

Le soir d'Halloween

C'était le soir d'Halloween. Plutôt que de courir les rues pour obtenir des bonbons, papa avait eu une super idée : aller faire un pique-nique en forêt avec maman, ma soeur Eloïse et mon copain Thierry. Ainsi, le soir nous avions chargé tout l'équipement dans la voiture et nous voilà partis vers le bois de Mortelune.

Pendant que maman et Eloïse préparaient le dîner, papa nous dit :
-Les garçons, allez donc chercher du bois mort pour faire un bon feu, comme ça nous pourrons faire griller des guimauves.
Alors Thierry et moi nous sommes allés chercher du bois. Plus nous avancions dans la forêt, plus la végétation, nous semblait bizarre. Les arbres avaient une couleur grise et les feuilles, avec la lumière de la pleine lune, avaient de drôles reflets argentés.
A force d'avancer en regardant par terre pour trouver du bois, Thierry et moi nous nous sommes perdus. Nous nous sommes mis à crier en espérant que maman et papa nous entendraient. Mais malheureusement, nous avions beau appeler personne ne répondait.
- Je crois que c'est par là, dit Thierry.
En effet, il y avait un petit chemin qui serpentait au milieu des ronces. Nous nous mîmes à marcher rapidement car nous avions peur. Au bout d'une demie-heure nous étions définitivement perdus. Quand tout à coup un hurlement retentit juste à notre droite.
- Qu'est-ce que c'est, dit Thierry en tremblant.
- Je crois que ça doit être un hibou, répondis-je sans trop y croire.
Et le cri lugubre recommença. Puis des craquements de branchages retentirent tout autour de nous. Terrifiés par ces bruits étranges, nous n'osions plus appeler nos parents. C'est alors, que sur le chemin, s'avança une drôle de silhouette.

C'était un horrible monstre ! Il avait deux énormes bras qui descendaient jusqu'à ses mollets, des yeux jaunes et cruels. Ses dents étaient pointues et son nez rejoignait ses lèvres. En plus, il était entièrement violet et n'arrêtait pas de sauter sur place. Tremblants de peur nous n'osions plus bouger.
- Bonsoir les enfants, nous dit-il, vous êtes là pour le jeu ?
- Le jeu ?
- Oui, le jeu d'Halloween.
- Sans trop savoir, nous répondîmes oui.
- Ah tant mieux, dit le monstre, je croyais que personne ne viendrait. Car c'est vraiment difficile.
- Ah bon ? dit Thierry qui était blanc comme un linge.
- Oui parce que celui qui perd doit être mangé, dit le monstre. Je compte jusqu'à dix et à dix je vous recherche et si je vous trouve tant mieux, parce que cela fait trois mois que je n'ai rien mangé... UN.... DEUX... TROIS... QUATRE... CINQ... SIX, SEPT, HUIT ! NEUF !! DIX !!!
Avant que nous ayons eu le temps de réagir, le monstre se jeta sur Thierry. La gueule du monstre se mit à grandir, grandir, grandir encore, et il avala Thierry d'un seul coup. C'était horrible...
Je me mis à courir comme un fou. Mais déjà le monstre était là, juste derrière moi. J'entendais son souffle rauque et sentais son odeur pestilentielle. A l'école, je suis le champion de la course, mais là j'avais beau courir le plus vite possible, le monstre, petit à petit, me rattrapait. Soudain je sentis ses griffes sur mon épaule et je tombais dans les feuilles mortes. Il m'attrapa le bras et se mit à me secouer...
- Réveille-toi il est l'heure de se préparer pour l'école.
Ouf ! c'était un horrible cauchemar et c'était papa qui me tenait le bras pour me réveiller.
- Aujourd'hui c'est le 31 octobre, dis papa, j'ai eu une super idée. J'ai appelé les parents de Thierry, ils sont d'accord. Ce soir nous allons pique-niquer dans le bois de Mortelune.
- NON !!!!!!

Une sorcière pas comme les autres


La sorcière Bergamote habite une pauvre maison dans une clairière. La maison a triste allure avec ses planches vermoulues, avec sa porte et ses fenêtres tordues. Bergamote est laide mais très gentille, contrairement aux autres sorcières. Bergamote se sert si rarement de sa magie pour accomplir des maléfices que, peu à peu, ses pouvoirs ont diminué. Mais les gens du village l'ignorent et s'enfuient, affolés, dès qu'ils la rencontrent. Seuls les animaux de la forêt sont ses amis.
Un jour, un corbeau noir frappe à la porte, portant un message en son bec. "A la pleine lune aura lieu le sabbat des sorcières. Chaque sorcière devra exécuter un tour de magie. Les plus réussis seront récompensés." Signé : "Carabosse "
- Catastrophe ! s'écrie Bergamote. J'ai oublié la plupart des formules magiques, et je ne sais plus préparer de potions !
Ah ! malheur !
Bergamote replonge dans ses vieux grimoires et révise toutes les formules.
Le temps presse, dit Bergamote. La pleine lune est dans cinq jours exactement.
Les animaux de la forêt la regardent, étonnés, et s'interrogent .
- Qu'arrive-t-il à la sorcière Bergamote ? Elle paraît bien préoccupée !
Le hibou, gêné par toute cette agitation, ulule :
- Hou ! hou ! sorcière Bergamote, hou ! hou ! A quel jeu joues-tu ?
- Ah ! mon ami hibou ! Dans trois jours aura lieu le sabbat des sorcières. La fée Carabosse demande que chaque sorcière exécute un tour de magie. Je me rappelle à peine les formules magiques, et je rate la plupart de mes tours !
- Hum ! Je vois, dit le hibou. Apporte-moi tes grimoires. Je vais t'aider.
Le hibou ouvre un gros livre poussiéreux, en éternuant. En effet, dit-il, en s'éventant d'une aile, tu ne dois pas souvent les consulter !
- Dis-moi, comment transforme-t-on un champignon en un bouquet de fleurs ?
Bergamote réfléchit et répond d'une voix hésitante :
- Euh... Champignon ! patchoula ! en fleurs transforme-toi !
Le tour de magie a réussi. Quel superbe bouquet ! Bergamote salue sous les acclamations des animaux de la forêt.Ils sont tous là, assis en rond dans la clairière.
- Pas si vite,dit le hibou, ce tour est à la portée de n'importe quelle apprentie sorcière ! s'exclame-t-il. A présent, Bergamote, tu vas faire apparaître une grenouille et la transformer en citrouille.
Bergamote réfléchit quelques instants et dit :
- Grenouille ! patatras ! dans l'instant tu paraîtras !
Et, dans un nuage de fumée, sur l'herbe verte apparaît ... une tomate !
Les animaux de la forêt s'amusent beaucoup. Bergamote recommence et sur l'herbe verte apparaît ... une deuxième tomate !
Fou rire dans la clairière ! Le hibou souffle la formule à Bergamote, qui réussit enfin son tour. Puis, Bergamote tente de composer des potions magiques dans un grand chaudron.
Potions ratées ! Potions renversées ! Bergamote est épuisée.
Elle se couche et s'endort aussitôt. Le lendemain, au coucher du soleil, Bergamote enfourche son balai et disparaît dans le ciel sombre.

Le sabbat des sorcières commence. Bergamote met dans un grand chaudron les ingrédients classiques pour obtenir un philtre magique :
- bave de crapaud,
- ongles et poils d'animaux,
- quelques carottes en rondelles
- et trois poireaux, bien mélangés.
Elle goûte : Pouah ! c'est imbuvable !
- Ce philtre vous rendra encore plus gentilles que moi, dit Bergamote.
Bien sûr, aucune sorcière ne veut y goûter. Car toutes souhaitent rester de méchantes et vilaines sorcières. Le sabbat se termine, mais pas de prix pour Bergamote.

- Tans pis, je repars vite, j'ai tant de choses à faire, dit-elle.
De retour dans sa forêt, Bergamote se met à bricoler sa maison. Elle scie des planches, donne des coups de marteau et peint le tout en vert. En dernier, bien en vue sur la façade, elle cloue une pancarte : BERGAMOTE PRIMEURS